Putain!!!! Pourquoi ce frein ne fonctionne plus????

Je vous propose ici une série de récits fiction présentant la façon dont 3 camerounais ordinaires ont vécu le même événement dramatique. Dans cette article, il s’agit d’Isidore, Papa quadragénaire à la progéniture nombreuse qui, comme beaucoup de camerounais tire le diable par la queue pour vivre, que dis-je survivre.

Maintenant qu’Isidore se faufilait entre les masures de Ndogsimbi, il essayait de se remémorer ce qui avait bien pu se passer 5 minutes auparavant. Le grondement de la foule à sa poursuite le ramena à la réalité. Il fallait qu’il sauve sa peau!!! « Mais pourquoi la brigade de Gendarmerie de Ndogsimbi est-elle si loin aujourd’hui? » pensa t-il.

Il fallait à tout prix qu’il atteigne ce repère qu’en temps normal il n’aurait jamais approché. Lui, toujours habitué à jongler et passer entre les mailles du filet sécuritaire. Mais avait-il vraiment le choix? Était-il possible de survivre dans ce pays si on se conforme aux règles? Et d’ailleurs combien de personnes le faisaient? Pourquoi serait-il le seul à le faire? Avec ses 6 enfants, tous serrés dans sa bicoque au fin fond de Bépanda Double bal, pouvait-il s’en sortir si il se conformait à toutes les exigences que réclamait l’exercice de sa fonction?
Toutes ces pensées se bousculaient dans sa tête, tandis que le souffle court, il aperçut la plaque indiquant qu’il n’étaient plus qu’à quelques mètres de son objectif. « Je serai en vie ce soir, Merci seigneur » pensa t-il dans une joie non dissimulée. Il accéléra et entra en trombe dans la brigade de Gendarmerie et s’écroula dans le hall devant 2 gendarmes médusés. Le grondement de la foule à ses trousses se fit entendre: « Livrez-le nous!!! »; répétait-elle interminablement… Son cœur battait a se rompre dans sa poitrine, il se senti défaillir: »Chef!!! Chef! Je crois que je viens de tuer quelqu’un au Tunnel Ndokotti! » s’entendit-il dire avant de sombre dans une plaisante torpeur, pensant à ses enfants qu’ils ne reverraient pas de sitôt à coup sûr.

Quelques heures plutôt sa journée avait pourtant bien commencé. Une journée qui aurait pu enregistrée dans le livre des records des camionneurs livreurs de sable. Il était presque 18h, et il effectuait sa 8ème rotation de la journée. Une journée aussi fructueuse, c’était pas tous les jours. Il se remémora le sac à dos que sa cadette avait exigé 2 semaines plutôt pour aller à l’école. Il n’avait pas pu ce jour là le lui offrir, confronté qu’il était aux difficultés que ressentent tous les parents dans sa situation à joindre les 2 bouts. Ce soir, en rentrant, elle aurait son sac à dos, et en bonus, ils allaient même acheter à ses enfants du poisson braisé. Ca leur changerait de leur ration quotidienne de « Topsi banana et Mbounga ». C’est le visage brillant qu’il pensa à son épouse, décédée 6 mois auparavant d’une crise de paludisme. Il écrasa une larme sur sa joue: Oui! il s’en sortira. Il réussira à élever ses 6 enfants et en faire des hommes. Oui il réussira!! Il le devait à son épouse Mama Agathe. Il en avait fait le serment sur sa tombe.

Et c’est pas les 2 pannes qu’il avait eues ce matin qui allaient l’inquiéter. Son ami Justin (Lire Jostine) du camp Yabassi lui avait assuré qu’il pouvait encore travaillé 3 mois au moins avant d’être obligé de réparer son frein à main. D’ailleurs le frein lui aussi commençait à montrer des signes de faiblesses depuis 2 semaines. Il en avait parlé au propriétaire, lui rappelant même que le camion ne passerait pas la visite technique. Mais celui ci avait balayé ses plaintes d’un revers de la main. Content qu’il était de récupérer ses 100.000 FCFA quotidien, son « boss » lui avait dit qu’il ne pouvait pas se permettre d’immobiliser ce camion maintenant, surtout qu’il devait payer la chambre de sa « petite » à Ange Raphael. Non, Isidore devait continuer à se battre avec le camion ainsi, surtout qu’il roulait toujours et rapportait de l’argent, alors pourquoi l’immobiliser? Dans ces cas là, seul l’expertise de Justin était la solution. Justin avait lui aussi profiter pour rappeler que ses impayés se chiffraient déjà à 430.000!!!

Malgré tout cela, Isidore avait le sourire avant de s’engager dans ce virage qui descendait vers le tunnel Ndokotti. Il était tellement euphorique à l’idée de voire sa cadette sourire qu’il se rendit pas compte qu’il avait grillé le feu rouge, qui soit dit en passant ne fonctionnait pas quand il était passé 2 heures plutôt. Quelle ne fut pas sa surprise voir surgir un policier du kiosque PMUC pour l’interpeller, un sourire malicieux aux lèvres: « Garez ici!!! ». Il essaya tant bien que mal de trouver une place ou garer sans trop gêner la circulation. Le policier se présenta: « Inspecteur GUIFFO Jean, Commissariat du 10ème, vos papiers s’il vous plait ». Isidore se demanda pourquoi ce policier l’interpellait lui alors qu’il pouvait voir, 50 mètres devant lui un embouteillage terrible. Où les motos se discutaient les seuls espaces sur le trottoir, ou ce qu’il en restait, avec les piétons. Aucun véhicule n’avançait. « Que diable suis-je venu faire ici, j’aurais du passer par PK5!!! » pensa Isidore. Il gara son camion, bloqua bien le frein à main avec la « pièce » que Justin lui avait remise plutôt dans la journée. Il pris la peine de mettre sa voiture en marche arrière pour contrecarrer la pente descendante sur laquelle le policier l’avait bloqué. Il souleva la mousse qui protégeait son postérieur des ressorts rouillés qui de temps en temps le blessaient, comme pour lui rappeler la pénibilité de son travail. Il en retira le dossier du véhicule et pris le soin d’y glisser un billet de « kolo » pour faciliter la lecture au policier. Il sauta hors de son engin, manquant au passage de se faire heurter par un benam dont la passagère lui lança un regard assassin. A cet instant, le cauchemar commença!!!

Isidore n’avait pas fait 2 pas qu’il entendit une clameur : « Le camion descend!!!! » put-il distinguer au milieu de tous les cris. Il se retourna et constata qu’effectivement son camion avait commencer à dévaler la pente. Il laissa tomber le « dossier » et couru vers le camion, essaya de monter, mais le système de fermeture, composé d’un fer en U qui retenait la portière contre la carrosserie était trop haut. Il fallait qu’il soit sur le marche-pied pour l’atteindre. Et maintenant que le camion avait commencé à prendre de la vitesse, il ne pouvait plus y grimper. Il se mit à crier « Le Camion!!! Le camion!!! Fuyez!!! Fuyyeeeezzzzz!!! ». Le bruit sourd que fit le camion en s’encastrant dans le premier véhicule ne fut pas assez fort pour couvrir les hurlements des usagers qui venaient de se rendre compte de la tragédie qui se jouait. Isidore resta figé quelques secondes, n’entendant plus aucun bruit. Était-il vraiment à l’origine du drame qui se déroulait sous ses yeux? il regarda son camion dévaler et dévaster tout sur son passage, laissant dans son sillage plusieurs personnes sur le carreaux. Étaient-elles en bonne santé, blessées ou pire?? « PIRE???? NOOOOONNN!!!! » Il se « réveilla » enfin. Son instinct de survie pris le dessus. Il savait ce qu’on faisait aux meurtriers au Cameroun, qui plus est à Ndokotti! Il falalit qu’il sauve sa peau, sans quoi il finira dans une pile de pneus, brûlé vif. Sa mémoire traça pour lui une carte claire pour atteindre la brigade de Ndogsimbi. Juste au moment ou une clameur monta: « ATTRAPEZ LE!!! c’est un assassin!! ». Avant de prendre ses jambes à son cou, il eut le temps de voir une jeune dame sauter du Benskin qui la transportait, juste à temps, juste avant que cette moto ne passe sous les roues du camion fou.

Du fond de sa cellule, il entendait le commandant de brigade essayer de parlementer et de calmer la foule en colère. Il pensa à ses enfants. Est-ce que Tamo, du haut de ses 16 ans serait capable d’assumer le rôle de grand frère. Et sa cadette Anna, qui depuis la mort de sa maman, ne dormait que quand Papa était là, comment fera t-elle? Il éclata en sanglots. Il aurait dû s’en douter: sa journée avait été trop belle pour être vraie. Il se blâma, blâma sa stupidité, sa cupidité. Pourquoi était-il allé donné cette enveloppe au responsable du centre de visite technique pour avoir le précieux sésame? Pourquoi n’avait-il pas insisté auprès de son patron pour que les pannes soient réglées? Pourquoi??, Pourquoi??? Pourquoi ce frein avait-il attendu la fin de journée pour lâcher? Son monde venait de s’écrouler!!!!

6 réflexions au sujet de « Putain!!!! Pourquoi ce frein ne fonctionne plus???? »

  1. Hum, j’avais écrit un de ses commentaires…lol. Le net n’en a pas voulu. J’aime découvrir de belles plumes, c’est un vrai plaisir, une passion. En toi, je viens d’en trouver une. Beaucoup de simplicité, de vérité et de l’espoir. Pouvoir traiter d’un sujet si grave en trouvant les mots justes pour se mettre à la place de l’autre, et trouver le moyen d’exprimer des émotions positives (la joie, l’amour) dans le même temps, c’est divin. I am really feeling « as in heaven ». Chapeau bas

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  2. Ping : Les flops de l’année 2014 au Cameroun | One more thinK

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