Putain!!!! Pourquoi ce frein ne fonctionne plus???? 2ème Partie

Je vous propose ici une série de récits fiction présentant la façon dont 3 camerounais ordinaires ont vécu le même événement dramatique. Dans cette article, il s’agit de Clarisse, JCD à la carrière prometteuse mais ayant une vie privée trouble. Son désir de faire émerger l’Afrique et d’aider ses petites sœurs se verra booster par cette fin d’après midi à jamais gravée dans sa mémoire.

Clarisse fulminait. Son véhicule venait de s’immobiliser sur cette rue qui reliait PK5 à Ndokotti, et la fumée blanche qui montait de son capot n’augurait rien de bon. Elle serait pas à l’heure pour se rencard avec Christian dans ce célèbre salon de thé de Malanguè! Au téléphone, Justin (Lire « Jostine ») lui avait parlé de probable surchauffe du moteur, et disait craindre que le radiateur soit touché. Evidemment elle ne comprenait rien à ce jargon là.

Pour tout ce qui était mécanique, elle faisait « confiance » à Justin. Ce dernier avait été le mécanicien attitré de son papa pendant plus d’une décennie. Et même si de temps en temps, elle savait qu’il gonflait les factures, le fait de savoir qu’il s’occupait de sa petite Golf comme si c’était la sienne primait sur toutes ces considérations pécuniaires. Elle se dit néanmoins que les 30 dernières minutes où elle avait parcouru seulement 500 mètres devaient être pour beaucoup dans sa situation actuelle. « Quand aurons nous des routes décentes dans ce pays? » pensa t-elle. Elle regretta presque cet investissement, qui au lieu de lui faciliter la vie comme elle l’avait imaginé, se révélait être une véritable gouffre financier. Et par dessus tout, ne lui permettait d’arriver à l’heure au boulot que si elle quittait chez elle pas plutard qu’à 6h du matin!

Elle fut tirée de ses pensées par les noms d’oiseau que lui lançaient les moto-taximètre: « Continuez toujours à acheter le permis! », « Tu as volé ça? », « Voila les résultats de la bordellerie! », « Enlèves ton morceau de bois de la route! » put-elle distinguer dans ce florilège d’injures qui lui étaient adressées. Elle y répondit avec un sourire crispé. Ces réactions étaient son quotidien depuis bien longtemps pour qu’elle les considéra encore. Clarisse était une très belle jeune femme et en avait conscience. Mais par dessus tout, elle savait sa beauté éphémère comme Mbombo Hélène le martelait pendant sa jeunesse: « La beauté d’une femme réside plus à l’intérieur qu’à l’extérieur ». Forte de cette doctrine, elle avait été une très bonne élève, diplômée d’un Master en Banque et Finances 4 années plutôt, elle avait intégré l’une des plus prestigieuses institution bancaire de la place dès sa sortie d’école. Travailleuse acharnée, elle avait gravi petit à petit les échelons. La promotion qu’elle avait reçue 3 mois plutôt et qui lui donnait le droit d’avoir son bureau à elle, Clarisse ne la considérait pas comme une consécration, mais juste comme la reconnaissance de son travail et le début d’une carrière qu’elle imaginait dans les cercles décisionnels de la finance en Afrique. Pour couronner le tout, elle avait aménagé depuis quelques mois dans un appartement sélect se trouvant au sommet d’un immeuble neuf à PK10. Elle y vivait avec ses 2 jeunes sœurs dont elle avait la charge depuis le décès de leur papa 3 ans plutôt. Elles étudiaient à ESG et rêvaient toutes les deux de ressembler à leur illustre aînée. Malgré toutes ces charges, elle s’était offerte dans le foulée une petite citadine.

Cette ascension que beaucoup jugeaient fulgurante, ne faisait pas plaisir à tout le monde. En effet ses collègues de la gente féminine, probablement jalouses, l’attribuait à des supposées « relations » avec le DAF et beaucoup d’autres responsables de la banque. « Comment pouvait-elle se permettre d’avoir une garde-robe aussi riche, si ce n’est le fait d’un gros sponsor? » avait-elle pu discerner au détour d’une conversation entre 2 femmes de son service. « Si elles savaient! » Clarisse avait une activité secrète tous les samedi: écumer le marché Nkololoun au déballage des colis de la friperie. Elle avait su depuis quelques années se lier d’amitié avec quelques grossistes qui recherchaient pour elle, tous les ensembles et escarpins « classes » du ballot. 10000 FCFA! le prix moyen d’une toilette, un pressing plutard et Mama Chantoux n’avait qu’à bien se tenir. Au fil des années, elle s’était constituée un véritable trésor de guerre qui faisaient le bonheur de ses jeunes sœurs qui ne se faisaient pas prier pour la délester des tenues déjà « démodées ». Ce style vestimentaire classe, attirait à elle tous les yeux de la gente masculine. Ses jeunes collègues la surnommaient affectueusement « Lady DI ». Car du haut de ses 29 ans, elle était un « produit » qui ne passait pas inaperçu. Mais à sa grande déception, elle n’attirait que des « cous pliés », ces quinquagénaires qui pensaient trouver en elle leur vigueur passée. Mais son éducation chrétienne stricte lui interdisait ce type de relation. Et tous les jeunes hommes auxquels elle s’intéressait ne se trouvaient pas à sa hauteur, estimant à tord qu’elle était « la nourriture des grands », ou qu’ils ne pourraient pas lui acheter son « lait de toilette ». Oui, malgré tous ses atouts tant professionnels que physiques, la vie sentimentale de Clarisse était aussi aride que le désert du Sahara. Elle comptait y remédier définitivement en se rendant à Malanguè où elle devait prendre une glace avec Christian.

Car depuis 1 mois, elle avait fait le connaissance de ce jeune homme trentenaire. Il travaillait comme Electro-Mécanicien au Chantier Naval. Bien qu’il ne roula pas sur l’or, il représentait à ses yeux le prince charmant: Poli, bien élevé, très mignon, mais le plus important, il ne se sentait pas du tout inférieur à elle. Après des heures d’appels nocturnes, des milliers de SMS et des millions de messages sur whatsapp, ils allaient se voir pour la 2ème fois. Le premier rencart avait été un déjeuner « Chez Bébé » en plein Akwa. Elle avait passé ce midi là, un moment très agréable qu’elle revivait tout le temps. Dès qu’elle le pouvait, elle regardait à nouveau ses photos. Elle fut tirée de ses pensées par Justin qui cognait à la vitre de son véhicule. Il lui avait fallu plus de 30 minutes pour parcourir la petite distance qui séparait le camp Yabassi de l’endroit où elle se trouvait. Son arrivée avait été salvatrice, elle pouvait désormais courir vers son ami. Elle l’avait appelé quelques minutes plutôt pour lui expliquer la situation dans laquelle elle se trouvait, bien qu’il fut déjà installé dans le salon de thé depuis 30 minutes, il promit de l’attendre le temps qu’il fallait. « Quel gentleman!!! » pensa t-elle. (…)

Maintenant qu’elle slalomait entre les voitures, accrochée qu’elle était sur ce benskin, elle ne pensait qu’à arriver rapidement. Elle en oublia même le prix qu’elle avait payé pour la course: 1500!!! Montant qu’elle se serait interdit de payer pour une telle distance en temps normal, mais l’occasion faisant le larron, le « benskinneur » en avait profité pour la « taxer ». Elle ne se rendait pas non plus compte des fréquents freinage que son « chauffeur » multipliait à dessein. Ils avaient pour effet de plaquer sa poitrine contre son dos; probablement un bonus qu’il s’offrait chaque fois qu’il transportait des femmes. Non, elle ne se rendait compte de rien. La rue quittant SONEL Ndokotti pour le carrefour Ndokotti grouillait de monde, un embouteillage énorme y sévissait. Et pendant que sa moto se frayait un passage sur le trottoir, manquant au passage d’heurter une jeune fille vendant des oranges, elle distinguait sur les visages des automobilistes le même stress qu’elle vivait tous les soirs. « Passer une journée stressante, et l’achever en passant 2 heures dans des embouteillages, quelqu’un avait-il calculer le coût que cela avait sur notre société? Le déficit en rentabilité que ça coûtait aux entreprises, le manque affectifs que ça impliquait pour les enfants qui ne partageaient plus beaucoup de moments avec leur parents??? » Toutes ces réflexions étaient pour Clarisse une source de motivation extrême dans sa volonté de faire bouger les choses. Elle fut tirée de ses pensées par une embardée qui failli l’envoyer sur l’asphalte. Son « benskinneur » avait fait cette manœuvre pour esquiver policier qui courrait souriant vers un camion garé 10 mètres en contre bas. Elle n’eut même pas le temps de se refaire de sa frayeur qu’à nouveau, elle failli se faire éjecter de sa monture par une autre escouade. Cette fois pour éviter le chauffeur du camion qui en descendait avec son « dossier ». Elle lui lança un regard assassin: « Vous ne pouvez pas faire attention? » s’écria t-elle. Son « chauffeur » lui repondit: « Faut laisser ma chérie, c’est les histoires de Don Guiffo, au lieu de venir nous aider dans l’embouteillage, il rackette les camions et les « clandos » pour aller jouer au PMUC, vraiment Mpo Mbia a gaté… » Un bruit sourd couvra le fin de sa phrase!

Le « benskinneur » se retourna, et lorsque Clarisse croisa son regard, elle y lu de la frayeur. Elle se retourna à son tour et constata que le camion qu’ils venaient de dépasser avait d’embouti une voiture qui était devant lui. Elle put distinguer le visage du conducteur de cette voiture sur lequel elle pouvait voir incrédulité, rage et surtout une grande peur. Quelque mètres plus haut, elle vit chauffeur du camion qui essayait tant bien que mal de monter à bord de son engin. Un nouveau bruit sourd se fit entendre, une nouvelle voiture venait de se faire emboutir alors que le camion prenait de la vitesse. « Ma sœur, ici c’est chacun pour soi » lui cria son chauffeur avant de sauter de la moto qui pourtant, roulait encore. Ce geste desepéré eut pour effet de rabattre l’engin vers la zone ou le drame se déroulait. Clarisse pensa rapidement à ce qu’elle devait faire. Son instinct de survit fut plus prompt qu’elle! Elle se surpris à sauter de la moto, et le craquement que fit sa jupe en se déchirant était le dernier de ses soucis en ce moment. Elle n’eut même pas le temps de réfléchir, tellement le sol avançait vite à sa rencontre. Elle n’eut pas le temps d’avoir mal, elle s’évanouit lorsque sa tête heurta quelque chose qu’elle pensa être un pied humain et sombra dans une sombre torpeur…

Lorsqu’elle revint à elle, le visage de Christian était penché sur elle. Quelle douce vision après ce cauchemar. Elle se trouvait dans une chambre d’hôpital put-elle distinguer. Tout son corps était douloureux, elle hurla en essayant de se redresser. Son poignet gauche était plâtré, de même que sa jambe gauche. Elle souffrait le martyr et regretta presque de s’être réveillée. Elle distingua derrière son ami, les visages en larmes de Mady et Nath, ses sœurs cadettes qui essayaient tant bien que mal de consoler leur mère qui visiblement ne s’était pas encore rendue compte que son « bébé » s’était réveillé. La main chaude de Christian sur son front lui parut la plus douce des sinécures. Elle sombra cette fois dans un sommeil calme, se disant qu’elle devait faire partie des quelques chanceux qui avaient pu s’en tirer à bon compte dans la tragédie qui s’était jouée plutôt au tunnel Ndokotti. Pourquoi la Police ne faisait-elle pas son travail? Pourquoi fallait-il que des épaves aient le droit de rouler dans nos rues? Pourquoi la circulation était-elle devenue un cauchemar dans sa ville natale? Pourquoi? Pourquoi??? Cet accident, bien qu’il laissera probablement des séquelles sur sa belle plastique, avait forgé en elle la détermination qu’il fallait faire bouger les choses si on voulait les changer. Dommage qu’il eut fallu que ce soit de manière si dramatique. Pourquoi ce frein avait-il attendu la fin de journée pour lâcher? Son monde commençait à se dessiner plus clairement.

7 réflexions au sujet de « Putain!!!! Pourquoi ce frein ne fonctionne plus???? 2ème Partie »

  1. J’ai aimé, c’est vraiment captivant et ça décrit en un seul scenario les maux de notre pays. Les problèmes d’embouteillage dus a un manque criard de route, le chomage aui emmene les jeunes à se battre de plus en plus sur plusieurs fronts, le policier qui au lieu de surveiller la circulation… l’inconscience du bendskineur qui met non seulement sa vie en danger mais aussi celle de son passager… Bref c’est trèsinteressant. Big up Guy Alain

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  2. Un récit c’est avant tout une histoire. Quelque soit le fait divers tragique et rocambolesque, il y a toujours des émotions vraies, des vies, des espoirs, des ambitions pour les protagonistes. Tes deux récits le démontrent finement et on lit ce texte en particulier comme un vrai thriller (genre littéraire que j’affectionne). Hâte d’en lire plus. Heureuse d’être une fan!

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  3. Je me suis tordu de rire tout au long du récit, malgré l’instant de frayeur vers lafin et la grande émotion, tu as su rester léger et passer le message ! Vite, le prochain « épisode » !!

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  4. Alain.sur cette article j’ai voté tous parce que cet article est a l’image de notre pays a une échelle un peu 😊 plus réduite.un pays en perte de valeurs ou seul la loi de l’appât du gain prime sur tout.ou le mot société n’a plus de place comme quoi chacun s’assoie et Dieu le pousse ou chacun use de son pouvoir et de sa place pour tirer profit d’une situation quelconque sans regarder au delà de ce gain et parmi lesquels cet incident.Dieu merci aujourd’hui pour Clarisse c’est lhosto qui sait demain sa pourrait être la Morgue.Sachons et apprenons a vivre a société.sachons que nous sommes juste les maillons d’une Chaîne que nous sommes responsables les uns envers les autres et que chaque décision que nous prendrons Bonnes ou Mauvaises auront des Avantages ou des conséquences selon la décision prise.Comme quoi Rien ne se perd.c’est dégoutant et triste 😢 mais tirons profit de ce Malheureux incident et prenons sur nous afin de bâtir un Avenir Meilleur car le système c’est Nous .le pays c’est Nous.

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