–&– Prologue : Seconde chance –&–

La rue résonnait au son de l’artiste en vogue dans les rues de Freetown. La chanson « Everyday is good » de Patrice berçait les ruelles désertées, comme une ode au changement dans cette ville où aucun jour n’était « good« . Cet artiste de la diaspora représentait le rêve inavoué de chacun des habitants de ce pays d’Afrique de l’ouest. Dans son parcours, tous voulaient se reconnaître, envisager ne serait-ce que dans leur imagination une vie meilleure. Vu que la nature et les « dieux » devaient probablement regardé ailleurs lors de la conception de cette partie du monde.

C’est bercé par ces douces mélodies, que j’assistais à la scène surréaliste qui se passait sous mes yeux: mon propre enterrement! Bien que cela puisse paraître lugubre présenté ainsi, cette seule idée me réjouissait. J’avais bénéficié d’un sursis, ou plutôt mon âme en avait bénéficié. Ultime infamie que les « dieux » dans leur élans sarcastiques avaient bien voulu m’offrir, estimant que je n’avait pas assez souffert pendant ma vie, ou peut être volonté réelle de m’aider à trouver les réponses à ce qui secouait mon pays. Toujours est-il que je devais le faire: Je devais remplir ma mission.

Mon regard divagua au large, sur « Tangrin bay« , canal naturel du « Sierra Leone river » qui séparait la ville en 2. De l’autre coté, on pouvait distinguer le terminal de ferry qui jadis grouillait d’activités. Il permettait de relier la capitale à l’aéroport International de Lungi. Cette voie d’eau jadis le fleuron de l’économie informelle, car zone d’activités des « water-taxi« , des ferries et autres pécheurs, était aujourd’hui déserte. La faute aux diverses restrictions mises en place pour contenir l’évolution de la pandémie. En outre, les touristes semblaient avoir rayé cette destination de leur tête. Les seuls avions qui atterrissaient appartenaient soit à la grosse multinationale qui exploitait l’hévéa, soit aux organismes internationaux qui avaient encore le courage d’apporter de l’aide à cette population qui vivait dans ce qui pouvait être considéré aujourd’hui comme le trou du cul du monde.

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– « Wéti di happen? » demanda Edmund Kabamba le chef d’équipe, chargé de la collecte et de l’inhumation des personnes ayant succombées à la maladie dans leur domicile. Et dire que j’avais aussi fait partie de cette confrérie durant les deux derniers mois, plus par nécessite et opportunisme que par vocation.

La rue déserte se remplissait des agents communaux dans leurs combinaisons de protections. Ils se dirigeaient tous vers ma case d’où montait déjà une odeur putride. En les voyant se démener dans leur tenues de « protection » rapiécées, j’eu un pincement. Personne ne pouvait en réchapper, c’était de la chair à canon. Des petits soldats envoyés en première ligne d’un combat que l’on savait perdu d’avance. Je me dis qu’ils faisaient ce boulot, plus par humanisme que par appât du gain. Qui pouvait se vanter de faire cela comme travail, si ce n’était d’avoir le bonheur de donner une chance à ceux qui étaient encore en vie.

– Commençons par désinfecter la maison ordonna Edmund. – « Yeah boss » repondirent en coeur ses 3 collègues. Ils se mirent à pulvériser la case de produits désinfectants.

Beaucoup dans la population commençaient à douter de l’efficacité de ces produits. Au début, ils étaient livrés par un laboratoire européens, mais le gouvernement ne payant plus ses facture, le produit avait commencé à être fait sur place. Une rumeur dans la population disaient qu’il ne s’agissait en fait que d’eau javellisée. Pour avoir vu la qualité de ce produire décroître au fil des semaines, je faisais aussi parti de ce qui doutaient de l’efficacité de ce produit. Après avoir fait le tour de la case, ils y entrèrent et refirent la même procédure avant de se diriger vers ce qui fut ma chambre de mon vivant. Le ministère de la santé publique ne permettant pas de cérémonies funéraires, mes collègues dirent une rapide prière et emmenèrent mon corps vers l’un des nombreux cimetières publiques crées depuis le début de la pandémie.

Maintenant que les « honneurs » avaient été rendus à mon « corps », il fallait que je me mette au travail. La tâche qui était mienne était vaste, il fallait, si je voulais donner du repos à mon âme, comprendre et surtout aider à trouver une solution à cette problème qui secouait l’humanité….

Notes:

Patrice Babatunde est artiste d’origine sierra-leonaise. Je vous invite ici à le découvrir

Une réflexion au sujet de « –&– Prologue : Seconde chance –&– »

  1. Tu connais Patrice, it confirms the great taste you have. Il me rappelle pas mal Lenny Kravitz par certains côtés. Quant à la maladie, j’avais bien deviné (cf. comment in Introduction). Une histoire de sauveur, d’archange, j’aime ta façon d’amener le sujet tout en douceur!! Tx for the nice read.

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