Je ne suis pas Charlie

Ceci est une mini fiction pour montrer comment une jeune camerounais a vécu de l’intérieur ce drame qui a secoué la France. Eddy B. jeune stagiaire va vivre ici la journée la plus mouvementée de sa vie. Est-ce la conséquence d »une trajectoire assez particulière, ou le résultat de ses choix de vie. Toujours est-il qu’après sa première journée de stage à Charlie Hebdo, Eddy ne sera plus jamais le même. Récit à la première personne, qui nous relate cette journée folle vécu par ce jeune immigrant.

« En quittant Issy les Moulineaux ce matin, j’avais la pêche. Bien au chaud dans ma doudoune, le bonnet au raz des yeux, j’étais bercé par les mélodies entraînantes de Coco Argentée, une « féline » de mon pays le Cameroun. Certains passagers de la rame qui m’avait emmener de la mairie d’Issy à la station de la Concorde où je devais avoir ma première correspondance, affichaient un air amusé en me voyant enchaîner déhanchés et mimiques bizarres. Je n’en avais cure, car moi j’écoutais en boucle depuis 2 jours « J’ai envie de …. » – Je me demande d’ailleurs à présent pourquoi cette chanson? Surement lié à la jachère qui me tenaillait et au temps glacial je pense -. Ils ne pouvaient savoir le myuyengué* qui me faisait secouer le corps par ce temps si froid…

J’étais sur le bord de cette voie, direction Pointe du Lac, qui devait, 9 arrêts plus loin, me déposer à destination. Il ne me resterait alors qu’à faire 500 mètres à pieds pour y être. Cet itinéraire, je l’avais mémorisé depuis une semaine. Il ne fallait pas qu’une erreur de train vienne gâcher la première journée de la carrière que j’entrevoyais pour moi. Fallait dire que ma trajectoire n’était pas ce qu’il y a de plus catholique**.

Jeune, je me prédestinais à une carrière de médecin. Depuis le primaire, je n’avais que cette idée en tête. Et mes études primaires et secondaires avaient été menées rondement dans ce but ultime. Élevé assez brillant, j’avais passé presque trop facilement ces étapes (Faut dire aussi que les établissements choisis par mes parents m’y aidaient beaucoup) jusqu’à l’obtention de mon Baccalauréat C, dont j’avais été l’unique récipiendaire dans mon collège. A ce moment survint une tragédie dans nos vies, mon papa nous quitta brutalement et je dû faire un choix économique, les études de médecine étant très longues et ne garantissant pas un salaire conséquent à la sortie, je me tournai alors vers l’informatique qui à ce moment était porteur.
Pendant mes années d’études, avec mes petits jobs, j’aidais maman a subvenir aux besoins de ma cadette qui était restée dévastée depuis la mort de Papa. Ainsi vécus-je pendant 3 années qui suivirent.
Un heureux concours de circonstances (Eh oui, Dieu veille aussi sur les mbindis*** comme nous) me permit de bénéficier d’une bourse pour aller étudier en France où j’obtins mon diplôme d’ingénieur. Je passai les 3 prochaines années de ma vie à être l’homme pour les 2 femmes de ma vie à jamais détruites par le départ de Papa. Maman n’avait plus jamais souri, et Candice, ma petite sœur chérie, s’était laissée aller. Elle faisait vivre un enfer à maman, lui reprochant certainement la mort du vieux. C’est d’ailleurs une de leur querelle incessantes qui leur fut fatale…
Du jour au lendemain, je me retrouvais tout seul!!! Sans but! Alors, pour la première fois de ma vie, je pris une décision dans un but égoïste: Il fallait que je pense à moi. Je suivais après le travail des cours d’Art et de journalisme car maintenant, je rêvais d’être grand reporter et de couvrir les zones les plus chaudes de la planète (Personne ne me pleurerait de toute les façons), et le premier pas dans le journalisme, j’allais le faire aujourd’hui à Charlie Hebdo où je commençais une stage pré-emploi non rémunéré (Évidement). Mon précédent employeur me pensait en congés car je voulais me donner le temps de l’observation et de la réflexion car comme on dit chez moi, « on ne lâche une branche que quand on en a attrapé une autre…« 

je fus tiré de mes pensées par une bousculade. Une fille menue, noire et très jolie, probablement originaire de l’Afrique de l’ouest me piétina:
– Désole, mais si vous ne montez pas, ne restez pas devant la porte dit-elle en montant.
Je lui emboitait le pas et me mis debout dans l’allée. Coco argentée me rappelant de lui donner ses ways! »
En quittant la station Saint-Sebastien, en direction de l’agence, je mis ma cravate. J’étais de très bonne humeur et je comptais le rester autant que possible cette journée. Avant d’entrer dans immeuble, je vis la comédie Bastille au loin, et je me dis, qu’il fallait que j’assiste un jour à une représentation de Théâtre. Une fois de plus je fus bousculé par la même fille qui entrait dans le même immeuble que moi. Hmmmmmm!!! Elle était menue, bien habillée et sentait très bon. Elle portait en bandoulière une sacoche et manipulait son téléphone. A la réception, elle sortit son badge, et je pu voir de loin qu’elle travaillait à Charlie Hebdo. Cette journée commençait bien »

« A 10h, moi ainsi que 2 autres stagiaires, fumes reçu  par M. Kolinski. Une légende!!! Il nous fit faire le tour du propriétaire et nous expliqua comment fonctionnait l’entreprise et quel devait être le rôle de chacun. Je fus désagréablement surpris de me rendre compte qu’ils avaient fait appel à moi, plus pour mes connaissances informatiques que pour l’aspect journalistique de mon CV. Ça commençait mal pour moi. Néanmoins, j’étais en congés pour 1 mois et rien ne m’empêchait de creuser un peu et d’essayer de faire mes preuves aussi sur l’aspect journalistique. 1 mois pour convaincre, 1 mois pour changer de vie ou retourner à ma routine habituelle qui ne me disait plus grand chose. 1 mois pour devenir un homme.
Chacun des stagiaires devait travailler avec un senior de la boite. Justin, une Ch’ti en costard à la voix haut perchée du nord se retrouvait avec Charabi, Faut dire qu’il le méritait amplement, si je ne devais me fier qu’à l’esquisse qu’il avait faite de notre entrevue avec Kolinski. Marc lui allait être l’ombre notre hôte, ses connaissances managériales doublées de quelques missions et reportages pour RFI parlaient pour lui.
Quant à moi, je me retrouvais affecté au service de Mlle Catherine CISSE, responsable Informatique et Infrastructure de l’agence. Je devais l’attendre dans le hall. 5 minutes plu-tard, elle apparut, c’était la … fille du Métro. Je retins à peine un rire. Quelle ironie!!! se faire bousculer dans le métro par son futur boss, je venais de trouver une raison supplémentaire d’aller jusqu’au bout de mon mois de probation!

– M. Eddy B??? demanda t-elle?
– C’est bien moi, m’entendis-je répondre
En se retournant, elle me disait en quoi consisterait mon travail avec elle. Etc. Etc. je suis sûr que je ne retins rien du tout de ce qu’elle avançait. Je la suivis comme un zombie. »

Aujourd’hui, c’est la conférence de la rédaction. Conférence hebdomadaire à laquelle assiste tout le personnel et elle débute à 10h30 et Catherine devait m’y amener aussi. Mais nous étions en retard en raison d’un travail urgent qu’elle devait finaliser pour un sous-traitant et qu’elle me décrivait pour que je l’aide. Elle avait annoncé qu’on rejoindrait la réunion vers 11h. Alors je me mis à la tâche essayant de faire bonne impression à ma boss. Quelques minutes plutard, nous y étions presque lorsque le hall, un étage plus bas fut ébranlé par un bruit sourd!!! Un tir d’arme automatique si j’en crois mon expérience de Call of Duty!!! Le cauchemar venait de commencer.

Des clameurs montaient du hall, dans un grand bruit de verre brisé. Catherine était pétrifiée et vira au gris cendre. Elle ne bougea pas, comme paralysée. Je sautai de l’autre coté de la table et la poussa en dessous. je me mis contre elle essayant de la protéger. Elle faisait à présent une crise de nerf et n’arrêtait pas de sangloter. Les pas se rapprochèrent!!! Je pu distinguer à travers les interstices deux hommes armés, cagoulés qui firent irruption dans la salle ou se tenait la conférence de rédaction, juste de l’autre coté de couloir. S’en suivit un feu nourrit qui était à peine couvert par les cris, le bruit de verre brisé. Mon instinct de survit me commanda de rester calme et de mettre une main à la bouche de Catherine qui criait à chaque tir. Ce bruit est vraiment différent de celui qu’on entend au cinéma. Cette seule déflagration vous glace le sang et enlève toute once d’héroïsme du plus courageux, à moins de vous appeler Chuck Norris. J’étais trop jeune pour mourir.

Calmement, les assaillants ressortirent de la salle de conférence, tirant au passage sur les agents de police qui montaient!!! ils tirent aussi une rafale circulaire qui brisa la baie vitré du bureau de Catherine en mille morceaux. Le calme revint enfin après un crissement de pneus et des échanges de coups de feu à l’extérieur. Je ne peux dire combien de minutes nous sommes restés là, mais toujours est-il que je finis par sortir de ma cachette, intimant à Catherine l’ordre de rester où elle se trouvait. En essayant de me redresser, je me fis une grosse entaille à l’avant bras droit. Le sol était jonché de verre brisé. Tant bien que mal, je me hasardai hors du bureau, vérifiant au passage que la situation était calme à présent. Au loin on entendait les sirènes de police et les ambulances. Les voisins avaient du les alerter. je me dirigeai alors vers la salle de conférence, et la vision d’horreur qui me sauta aux yeux, eut raison de moi. La seule chose dont je me souviens à présent, c’est le sol s’avançant dangereusement vers ma figure et je perdis connaissance…

Je fus tiré de ma torpeur par les sanglots de Catherine qui était penchée sur moi. Me secouant vigoureusement, se demandant si moi aussi, ils m’avaient eu. Je ne sais combien de temps j’étais resté inconscient, mais il y avait une foule immense. Des brancardiers, des policiers, la gendarmerie, etc. On nous demanda d’attendre en bas que nos dépositions soit prises. Catherine ne me quitta pas d’une semelle, même lorsque le brancardier s’occupa de mon entaille au bras. Elle n’arrêtait pas de pleurer. Son monde venait de s’écrouler.
Je me benissais de n’avoir pas joué au heros, je remerciais tous les dieux pour avoir eu peur à ce point… Les Dieux, parlons-en!!! Ils semblaient être au centre de cette tragédie selon ce que j’allais apprendre plutard dans la journée. Cette journée serait en fait des represailles à des caricatures faites quelques années plus tôt. Et dire que je ne le savais meme pas en entrant dans le hall quelques heures plutôt!!! Les Dieux qui nous avaient donné le Libre arbirtre, afin qu’on puisse l’utiliser à bon éscient ou à mauvais comme le demontrait toute cette histoire. Je commençais à me poser des questions sur la carierre que je voulais embrasser, et cela méritait une vraie réflexion. Ma liberté d’expression, mon droit à donner l’information allaient-ils eux aussi causer des drames diverses dans le futur. Après tout, la vie d’informaticien n’était pas la pire qu’on puisse avoir…

Cette journée me fit prendre conscience de beaucoup de choses. Le monde ne se limitait pas à moi et mes décisions n’impactaient pas que moi. Le trajet de 1 heure et 20 minutes fait depuis chez moi à Issy jusqu’à l’entrée de cette agence ce matin m’avait prendre conscience de quelque chose: j’aimais être peureux, car je préférais être en vie, que d’être ces multiples de héros dont nous crieront le nom quelques jours et qui passeront aussi vite dans l’ombre qu’ils n’étaient venus à la lumière. ils seront célébrés jusqu’à la prochaine information croustillante, et ce sera peut être aussi banal que Beyoncé nue à Saint-Tropez. Moi, en tout cas, ma Beyoncé, je pensais l’avoir trouvé au cœur de cette tragédie. Catherine et moi ne nous sommes plus quittés depuis 2 jours: elle traumatisée et se demandant ce qu’elle ferait maintenant, devait-elle retourner quelques temps au Mali se ressourcer chez ses parents? Moi, de retour en congés comme ça aurait du être le cas. Nous nous soutenons moralement, mais j’ai le secret espoir que cela migre vers un sentiment plus profond, car, pour une fois dans ma vie, je sais avec certitude ce que je dois faire pour moi-même.

Ma carrière de journaliste s’est arrêtée ce jour. Car moi, je ne suis pas CHARLIE

* Muyengue: Le goût en jargon de rue camerounais

** Catholique: Normal

*** Mbindi: Les petits, es enfants des pauvres dans ce contexte

4 réflexions au sujet de « Je ne suis pas Charlie »

  1. Akieuuuuuu tu ne prépares pas la suite???? Moi j’avais déjà le goût hein! How qu’Eddy a fui le journalisme non? Le combat des gens là n’est pas le sien et il a raison! looool béta un peureux vivant qu’un héros mort. Sinon c’est très bien écrit, comme d »habitude!! Mon frère, tu trouve l’inspiration et le temps là où non? je te donne les mains….

    Aimé par 1 personne

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