Chapitre 1: Seconde chance (1ère partie)

Toute mon enfance, je l’avais passée sous les hévéas dans la province de Malen se trouvant dans le nord du pays. Le climat, très humide et pluvieux y était favorable à la culture et l’exploitation de cette matière première qui représentait l’essentiel des exportations de mon pays. Tout juste devant la noix de cajou. Mon papa y avait travaillé toute sa vie, utilisant son maigre salaire pour essayer de nous donner un avenir, mes sœurs et moi. La pénibilité de la tâche qu’il avait dû accomplir pendant plusieurs décennies n’avait rien arrangé à sa condition physique.
Au fil des années, nous avons vu papa devenir l’ombre de l’homme vigoureux qui jadis me portait sur ses épaules. Devoir récolter tous les jours de la semaine, à dos d’homme, des centaines de kilogrammes de cette sève laiteuse n’aurait sûrement fait de bien à personne. Mais dans ce coin paumé du pays, c’était la seule garanti d’un revenu régulier, bien qu’insignifiant. Sinon, il fallait avoir une épicerie dessins quartier, domaine d’activité complètement trusté par les « maliens ». La dernière option était de faire concurrence aux libanais qui eux, avaient le monopole du secteur des services. Et cela avait pour corollaire de forcer les travailleurs du caoutchouc à une vie à crédit: les salaires minuscules distillés à des fréquences aléatoires, la seule solution était de se tourner vers ces épiceries pour avoir des crédits. Les seuls qui grossissaient dans cette partie du pays était les libanais. Les « maliens » eux montraient leur réussite autrement. Ils faisaient venir leurs frères du pays et ces derniers ouvraient aussi des petits commerces dans des zones non encore desservies.
Ainsi allait la vie dans mon village natale. Et moi aussi j’étais destiné à faire la même chose que papa, car ici, on récoltait la sève de père en fils depuis les indépendances, et avant même. Ceux qui tenaient 30 ans et qui réussissaient à maintenir une santé acceptable, devenaient parfois des contremaître si d’aventure ils avaient été à l’école et pouvaient lire et écrire. C’est la raison pour laquelle papa mettait toute son énergie à me procurer une bonne éducation, car mon avenir, il le voyait pas ici…
C’est ainsi qu »après mon primaire et l’obtention de mon entrée au collège, je dus me résoudre à aller à la capitale pour continuer mes études. Et la commence ma véritable histoire.…

Tout me semblait soudain plus grand. L’épicerie de Mahmoud dans ma ville natale m’avait paru à ce jour être ce que l’on pouvait faire de plus grand, mais ici à Freetown, elle ne serait qu’une masure. Déjà dès mon arrivée à la gare routière de Madina. Était réellement possible qu »il y ait autant de voitures dans le monde? Chez nous, la grosse Mercedes Benz de Mahmoud était le seul vrai véhicule, il y avait une cohorte de motos et vélos, et les 2 cars rouillés de Godlove Mudeba. Et subitement je me retrouvait entouré de centaines de véhicules et de milliers de personnes toutes plus pressées les unes que les autres. C’était sur, me dis-je en récupérant mon baluchon, la vie est plus facile ici.
Emporté dans mes rêveries, je ne me rendis pas qu’on m’appelait. Une main se posa sur mon épaule, je me retournait et vit ma cousine Anna. Elle n’avait pas changé, ou du moins elle avait changé en beaucoup mieux. Son passage au village 3 ans plutôt avait semé là zizanie. A l’époque, du haut de ses 10 ans, elle avait troublé tous les mâles. Et je ne parle pas seulement de ceux de mon âge. Je me rappelle comme nous gambadions dans la savane, à la poursuite de petits rongeurs ou tout simplement pour jouer. J’avais eu l’insigne honneur d’être son ami pendant ce séjour… A présent qu’elle avait grandi, elle rayonnait encore plus. Son corps juvénile, avait pris quelques courbes, et elle était coiffée comme ces femmes que nous regardions à la télé quand le groupe électrogène du bailleur le permettait. Oui elle était une vision angélique!
– Hey Gamin! M’entendis-je dire.
– Tu penses être dans ta cambrousse à rêvasser comme un sot! Ici c’est la ville et on n’a pas de temps à perdre. Alors dépêche toi, je dois retourner travailler. C’était mon oncle, le papa d’Anna qui au passage profita pour m’asséner une taloche!
La douleur fut si grande que les larmes m’en montèrent au yeux. La vision de Anna partant devant en sautillant me fit sourire et bloquant le sanglot que j’avais dans la gorge.
Ce fut la dernière fois que je me senti heureux dans ma vie!!!

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