La solitude du voyageur

Je vous offre ici une nouvelle rubrique intitulée « Carnet de voyages ». Le titre fait cliché, mais ce sera bien un carnet de voyage. Je vous ferai découvrir à travers mes yeux et mes expériences, les différents pays que j’aurai la chance de visiter. Car il faut le dire, c’est une chance de pouvoir bénéficier d’une mobilité professionnelle. Surtout que je me suis rendu compte que je connais très peu, parfois pas, les pays que je visite. Alors, avec vous, j’ai décidé d’arrêter d’être spectateur de ma propre aventure: Je profite du voyage!!!!

Il y’a quelques temps, j’ai discuté avec mon très cher ami Christian sur nos diverses expériences en rapport avec nos fréquents voyages. Il m’est alors apparu très clairement que j’étais pas le seul à vivre un certain nombre de choses. Loin du cliché de l’expatriation professionnelle et du fantasme que suscite le statut de consultant multi-récidiviste-voyageur, notre vie, bien que ponctuée d’agréables moments de découvertes culturelles et de rencontres, est très souvent loin du conte de fées que s’imaginent nos proches restés au pays. Mon carnet commencera par cette article très personnel qui doit planter le décor. Une espèce de prologue, mais vraiment vu à ma façon. Il est question ici de vous montrer globalement l’état d’esprit d’un voyageur, mon état d’esprit. Certains se reconnaîtront surement ici, mais ne vous en faites pas, ce sera probablement le seul article morose du carnet, a moins que je sois un jour dans le même pays que mon ami Tchoupi, alors là, je pourrai dire, à haute et intelligible voix que la loi de Murphy… Euh…

Du bon… Il y’en a un bon paquet!!!

Mais commençons par les bonnes choses. Car oui, il y’en a et des tonnes. Je pense pas pouvoir toutes les citer ici. Hier matin, je eu un sourire amusé en regardant la pile de mes précédents passeports, jamais arrivés à expiration, mais qui pourtant ne peuvent plus me servir, car n’ayant plus de pages disponibles. A côté les multiples cartes de séjour et permis de travail. Et là je me suis dit, « waouh!!! Mon petit. tu en as fait du chemin depuis le jeune ingénieur qui galérait dans son premier véritable emploi à Orange Cameroun en 2003 ». Et là j’ai décidé de faire un bilan de ce que j’ai acquis au cours de ces longues heures de vols; ces longs après-mids devant des chaines de télé où tu comprends rien; ces longues nuits dans des aéroports.

L’avion… continue à me fasciner

En venant à Kinshasa en mai, je prenais l’avion pour la 68e fois!!!. Ça fait un bon paquet de miles! (Près d’1 million en fait). Dommage que j’ai pas toujours utilisé la même compagnie, sinon j’imagine pas le nombre d’avantages que j’aurais eus à ce jour. Néanmoins, je continue de ressentir la même excitation en grimpant dans cette boite de métal. Je suis fasciné par les principes élémentaires de physique qui permettent à ces monstres d’acier de soulever leur masse comme une simple plume. Et le voyage alors? Que du bonheur, bien que ce soit pas toujours les cas. Car se réveiller et constater que le gamin turbulent à coté de vous (Qui ressemble étrangement à mon fils) a dessiner avec un marqueur indélébile sur votre chemise, et être amusé par le regard horrifié de ses parents. Il y’a aussi les chinois! (Tous ne sont pas comme cela je le précise), mais ceux que j’ai croisés dans les avions, on dirait des … (Je ne vais pas le dire ici), les mecs se déchaussent, crient, crachent, tu te demandes si tu es dans un zoo village du fin fond de mon cher pays. Il y’a aussi la fois ou tu es dans l’avion avec un de tes frères qui se fait rappatrier et qui voyage entre 2 policiers qui ne sourient pas de tout le voyage…

Mais il y’a aussi Fly Emirates!!! La 2 ème classe chez eux dépasse la 1ère classe de la majorité des compagnies que je connais, je n’ose imaginer à quoi ressemble la classe affaire! Il y’a de très long vols (12h entre Tana et Paris) en plein mois de Février. Tu passes de l’été à l’hiver en une journée. Et le must, allongé dans un fauteuil de première classe parce que tu as été surclassé (Miles oblige), des jeunes dames blanches te servent « Du champagne Monsieur??? ». C’est à ce moment que tu te rappelles que tu es « en haut » pour de vrai. Au propre comme qu figuré.

Il y’a aussi les grosses frayeurs. Train d’atterrissage cassé à l’atterrissage à Yaoundé, et tu te dis, au moins je vais mourir dans mon pays. il y’a le célèbre trou d’air entre Johannesburg et Tana qui vous fait chuter de 1000 mètres!!! Mais que le pilote ne peut contourner car ne disposera plus d’assez de carburant pour se poser. Il y’a ce séjour de 2 jours dans un cellule dans un aéroport quelque part en Afrique, parce qu’en plus du visa, il fallait qu’on vienne vous attendre à l’aéroport (Je ne vous dis pas le nom du pays).

La nourriture… Je mérite mon surnom

Si il y’a une chose devant laquelle nous sommes égaux, c’est bien la nourriture (Il y’a aussi autre chose, mais qui ne fait pas partie de mon sujet du jour). Au fil des voyages, tu découvres des similitudes culinaires entre ton pays et beaucoup d’autres, tu découvres de nouveaux mets, et si tu es courageux, tu fais de vraies expériences. Je peux ainsi citer pèle-mêle le Croco-burger à Lusaka (une vraie tuerie!!!); Kedjenou poulet et le Placali (Abidjan), Le Latsiri (Conakry, aussi bon que son nom peut laisser penser); Umutsima et Mizuzu à Kigali; Le Romazava à Madagascar (Divin)… Il faut dire que pour avoir été élévé au milieu de plusieurs enfants, notre menu ne contenait pas toujours des plats évolués style européens, du coup, j’ai gardé cet amour pour la cuisine traditionnelle et ne me prive pas quand je voyage. J’adore faire des expériences et je suis heureux que Dieu m’ait doté d’un estomac assez robuste pour me permettre ce luxe. Et mon Dieu, la nourriture est fabuleuse dans tous les pays que j’ai visités!!!

La culture des autres… Apprendre à se connaitre

Ce que je préfère par dessus tout, c’est de voir comment vivent les Hommes. Et au fil de mes expériences, je suis arrivé à la conclusion que cela m’a beaucoup rapprocher de la mienne. Aujourd’hui je fais des recherches sur mes origines, les différentes migrations des peuples en Afrique, cela en grande partie parce que j’ai eu en face de moi des personnes vraiment fières de leur identité culturelle. Notre pays est l’un des rares en Afrique à n’avoir pas de langue nationale qui ne soit pas héritée de la colonisation, on me dira que c’est difficile avec plus de 200 ethnies, soit! Néanmois, c’est très beau d’entendre le Swahili, le Sango, Le Lingala, le Wolof et autres. J’en suis tellement fan que je me suis donné comme challenge d’apprendre quelques mots dans chaque pays. Et la musique n’est pas en reste. Moi je pensais que tous les congolais dansent le soukous ou chantent, il n’en est rien!!! Patrice, Movaizhaleine, Banlieuz’art, Muhoro, c’est des noms qui vous disent pas grand choses, pourtant, ils sont super doués. La litterature, ecrite comme orale, l’histoire… Tant de choses que nous traversons dans nos voyages sans y preter attention. Mon experience la plus émouvante fut de passer une nuit dans le célébre hotel des Milles collines à Kigali et de faire un tour au Mémorial du Génocide.

Les Hommes… Objet de toutes rencontres

Et les Hommes alors? C’est là est ma plus grande rencontre. Au détour des voyages, j’ai eu la chance de rencontrer énormément de personnes et d’en connaitre quelques unes. C’est magique ce que les humains se ressemblent de part le monde, par leur réactions à la joie, la peur, la terreur, l’inconnu. Les joies, les rires, les pleurs, quelques soient les langues et les origines, s’expriment presque de la même façon. Et j’ai eu la chance de construire de très belles relations amicales et fraternelles (Fidèle, un bonjour spécial à toi). Et cela m’amène aux désavantages de cette situation.

Du BON, mais pas que…

Les voyages, plus souvent de courte durée ne permettent pas de bâtir et d’entretenir une vie sociale dont tout être a besoin pour son épanouissement, on se retrouve sans racines: de passage chez soit, et étranger partout ailleurs. S’intégrer devient la chose la plus difficile à faire pourtant la plus naturelle chez les humains.

De passage chez soit…

La plupart des « voyageurs » choisissent ce mode de vie, de travail principalement pour des raisons financières car leur permettant de se (Avec leur famille) réaliser plus rapidement. Alors on se dit en commençant que ce sera du bonus pour tout le monde, mais que nenni!!! J’ai le souvenir d’une petite scène en 2012. Mon fils me regardant comme un étranger pendant une bonne dizaine de minute lors de mon retour après un court séjour privée voyage. Cela m’a profondément touché et m’a fait me poser la question de la nécessite de cette situation. Pour ceux d’entre nous qui ont la chance d’être mariés ou en couple, la situation est encore plus aggravée. Chacun s’accommodant de l’absence de l’autre développe ses routines sans son partenaire et chaque fois que vous vous retrouvez, vous ne savez pas si c’est le premier rencart ou autre. Tu te rends compte que ta présence, bien que désirée n’est plus si essentielle et que parfois ton retour brise la routine deja en place. La tienne comme la sienne. Et meme si la communication est maintenu au travers de tous les outils dont vous disposez (Skype, whatsapp, viber, imo, rounds, etc…) l’absence physique definit maintenant votre relation et il y’a un impact que tu n’imaginais meme pas au début. C’est à ce moment que tu t’arrêtes et te demande à qui profite réellement la situation. Surement pas à toi! Une seule envie, tout laisser tomber avec le risque de devoir recommencer à bâtir votre couple pour les prochains mois. Sinon la solution la plus simple c’est de repartir. Et en plus ça met du beurre dans les épinards

Solitare… Toujours et encore…

Au début de l’article, j’ai cité beaucoup d’avantages à cette situation de « voyageur compulsif ». Le premier désavantage c’est que vous êtes seul pour les savourer. Les personnes que vous aimez et avec qui vous aurez partagé cela volontiers sont loin, du coup, la joie de la découverte est quelque peu diluée dans la solitude de cette situation. Après bien-sur tu appelles, tu envoies les photos, tu racontes tout, mais c’est jamais pareil. Tu te couches tout seul en pensant à ceux qui viennent de raccrocher. Tu te motives en te disant que ça permettra de payer le billet d’avion pour vos prochaines hypothétiques vacances. Mais pour le moment, il faut travailler. SEUL!

Etranger partout ailleurs

J’ai eu la chance pendant quelques mois de me trouver dans la situation des expats blancs qui sont nombreux en Afrique. J’étais Expatrié en France!!! J’ai pu voir dans les yeux de certains la même rage que nous avons quand nous les voyons « enjoy » notre pays mal mauvais. C’était jouissif!! je dois l’avouer j’ai pris un plaisir malsain à cette situation. Mais ce que je lisais dans leur visage, je l’ai vu dans beaucoup de regards au court de ma courte carrière :  » Tu n’es pas le bienvenu, tu prends nos boulots ». Qu’importe votre niveau d’intégration et votre caractère, vous restez un étranger, ils se priveront pas de parler Arabe en pleine réunion, Chuchoter dans ton dos. Beaucoup te respectent parce que tu es quand même compétent, mais ils t’acceptent pas, ils te tolèrent! Tout cela mis ensemble, tu te rends compte que tu n’es pas chez toi, heureusement que dans mon cas, c’est des situations temporaires. Cela passe vite, et je vais aller me sentir étranger ailleurs!!!

Les plus courageux abandonnent!!!

Je dis bien les plus courageux. Car ils se rendent compte de ce qu’ils perdent. Et quand tu rentres au pays tu as d’autres problèmes. Ta petite était déjà habituée à se coiffer avec des extensions tout droit arrivée de New Dheli, elle doit maintenant se « contenter » de mèches Nina. Les petits du quartier que tu farotais et qui t’appelaient « Grand » s’étonnent de ta « déconvenue » subite et ne se privent pas de dire que « celui ci avait de l’argent mais il n’en a rien fait avec », évidement leurs estomac sont vides désormais, il ne peuvent se souvenir de ce que tu faisais pour eux à l’époque. Ta famille n’est pas en reste: Ils ne comprennent pas pourquoi tu leur enlèves la manne de la bouche, jusque pour tes états d’âme. Vous imaginez le courage qu’il faut pour faire face à cela, surtout quand en plus tu réussis enfin à trouver un boulot au pays, tu dois composer avec les coupures de ENEO et tous les problèmes que tu avais pensés résoudre en t’expatriant. Une seule pensée quand tu te couches le soir, à quand le prochain depart?

NB: Maintenant que vous avez mon état d’esprit, j’espère que vous saurez voir à travers mes yeux ce que je partagerai avec vous. Prochainement, je vous présente Kinshasa vu de ma fenêtre...

Bonne lecture. Bonne lecture.

6 réflexions au sujet de « La solitude du voyageur »

  1. Au début de l’article, j’ai cité beaucoup d’avantages à cette situation de « voyageur compulsif ». Le premier désavantage c’est que vous êtes seul pour les savourer. Les personnes que vous aimez et avec qui vous aurez partagé cela volontiers sont loin, du coup, la joie de la découverte est quelque peu diluée dans la solitude de cette situation…

    Je t’assure… Assurément le plus gros inconvénient, du coup aujourd’hui j’essaie au maximum les courts voyages, en espérant trouver ainsi le juste équilibre!!! Bon heureusement que toi et moi on ne part pas souvent dans les mêmes pays hein!!! Massa!! loooooooolll

    Aimé par 1 personne

  2. « …De passage chez soit… La plupart des « voyageurs » choisissent ce mode de vie, de travail principalement pour des raisons financières car leur permettant de se (Avec leur famille) réaliser plus rapidement. Alors on se dit en commençant que ce sera du bonus pour tout le monde, mais que nenni!!! J’ai le souvenir d’une petite scène en 2012, de mon fils me regardant comme un étranger pendant une bonne dizaine de minute lors de mon retour après un court séjour privée voyage… »

    A mon avis c’est le plus difficile, voir son enfant te regarder tel un étranger… J’ai failli démissionné, heureusement qu’actuellement ma situation me permet de gérer la durée de mes voyages!!!

    Très bel article…

    Aimé par 1 personne

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