Je suis TCHAD – Première partie

Destins croisés à la croisée des chemins. Cette série vous présente 3 jeunes personnes face au même événement tragique: Les attentats de N’Djamena. Anne-Lise, Bourzabe et Masbaye vont au court de cette journée confronter leur vie à la violence des sentiments et des convictions. Récit en 3 épisodes, le premier plantera le décor. Vous êtes prés de proposer, à travers vos commentaires divers scénario pour compléter l’histoire.   

Le mince filet de sang ruisselant sur sa joue était le seule signe visible qu’Anne-Lise avait gardé de la violente déflagration qui avait eu lieu quelques instants auparavant. Cela bien sûr, en plus de la forte peur de de l’angoisse qui l’habitaient. Mais le moment n’était pas à se lamenter, il fallait aider ceux qui, comme elle, n’avaient pas eu la chance de s’en sortir indemnes. Les premiers secours, c’était sa profession. « Ce que la vie peut être une pute » pensa-t-elle. La mettre à cet endroit, à ce moment précis. Et dire que certains ne croyaient pas au destin.

Anne-Lise se pressa vers la cour intérieure où avait eu lieu cette explosion. Une vue de cauchemar l’accueillit. « Ça ressemblait surement à cela l’enfer ». Des corps partout, des blessés jonchaient le sol par dizaines. Ceux là l’intéressaient. Peut être pourrait-elle en sauver quelques-uns en leur prodiguant des premiers soins avant l’arrivée des secours. Pour le moment, elle se focalisait sur une seule chose, ne pas pleurer. Rester concentrée. Elle aurait tout le temps plutard pour comprendre ce qui venait de se passer.

Anne-Lise n’avait jamais été le genre aventurière. Non jamais. Elle était née 22 ans plutôt sur les rives de Pointe-Noire où son papa officiait comme Country manager depuis des lustres. Elle était l’africaine de la famille, la non-alignée. Blanche pour les noirs et noire pour les blancs. Son enfance, elle l’avait passé dans cette ambivalence. Entre recherche de ses racines et de son identité. Les pires moments de sa vie c’était quand elle était obligée de passer 2 mois en Europe pendant les vacances scolaires. Elle revendiquait son africanité et en avait d’ailleurs fait un combat depuis des années. Elle avait systématiquement refusé les écoles réservées aux européens que ses parents choisissaient. Son cursus, depuis le collège avait été fait dans les écoles publiques. Son Baccalauréat, elle l’avait obtenu 5 ans plutôt au Lycée Joss de Douala et avait dans la foulée intégré la Faculté de Médécine de l’Université de Yaoundé (Le fameux CUSS). Aujourd’hui interne, elle avait intégré MSF (Médecins Sans frontières) pour finaliser sa formation. Elle comptait déjà à son actif une longue mission en RCA. Elle était arrivée à N’Djamena quelques jours auparavant pour passer quelques jours avec son petit ami…


Ca faisait maintenant plusieurs heures que Bourzarbe se cachait dans les épaisses herbes longeant le fleuve Chari qui séparait le Cameroun du Tchad. Cette frontière naturelle était le premier obstacle vers son village natal Ngigo, 50 km plus loin en territoire nigérian. Son cœur battait à tout rompre. Ca faisait presque qu’une heure qu’il courrait sans relâche, tentant d’échapper à son sort, à celui qu’avait bien voulu lui imposer les « dieux ».

Il se demandait encore comment tout avait pu virer au cauchemar en seulement quelques semaines. L’adolescent innocent qu’il était, il y’avait encore quelque mois de cela avait-il laissé place à un meurtrier? Décidément, il ne faisait pas bon être pauvre sur cette planète. Sa cupidité, mais surtout sa naïveté l’avait conduit dans cette situation inextricable. Aurait-il une porte de sortie? Refuser le sort qui lui avait été  » imposé » par le grand manitou se solderait surement par une exécution en bonne et due forme. Mais sur la balance, il avait préféré au dernier moment sacrifier la sienne plutôt que celles de nombreux innocents donc il avait eu pour mission quelques jours plutôt d’ôter la vie. Il repensa à l’enchainement des évènements de ces derniers temps.

Quelques semaines plutôt ce qu’il redoutait tant était arrivé. Les membres de la secte islamiste BH qui sévissait dans cette partie de l’Afrique avait fait irruption dans son village natale et avait fait razzia sur tous les jeunes hommes âgés de plus de 10 ans. Ces jeunes enfants représentaient pur eux, une source intarissable de soldats manipulable à souhait. Non sans promettre monts et merveilles aux familles restées en pleurs, et un paradis peuplé de vierges pour les jeunes s’ils devaient mourir au combat. Ils réquisitionnaient sans vergogne toutes les ressources et se montraient parfois généreux: ses parents avaient reçu la somme de 50000 NGN, et une rente mensuelle leur avait été promise. IL faut dire que dans ce no man’s land, ignoré du Nigeria et délaissé par le Cameroun, l’extrémisme faisait son lit sur la misère du peuple. SI personne ne vous vient en aide, le baiser du diable vous semble une douce poésie…

Ces jeunes représentaient le fer de lance de cette armée improvisée. Motivés et drogués. Bourzabe excellait dans le jeu de la guerre. Le AK 47, trop grand pour lui qu’il portait en bandoulière ne lui avaient jamais servi en réalité, a part pour dégommer des termitières lors d’exercices de tirs. La mission qui lui avait été donnée aujourd’hui, allaient bien au delà des petits larcins qu’il avait commis jusque-là. Car viols, vols et rapts étaient son quotidien, lui qui savaient à peine à quoi ressemblait une femme 2 mois plutôt! Mais aujourd’hui, il lui avait été ordonné de commettre des choses impardonnables. Et ce n’est pas les menaces qui pesaient sur la vie de ses parents qui allaient l’obliger à s’exécuter. Sur l’autel de l’humanité, il était prêt à faire ce sacrifice, ainsi que le sien pour sauver son amé. Si il lui en restait encore une…

C’est en sanglot qu’il plongeât dans l’eau trouble et se mis à nager ver le Cameroun.


Masbaye avait commencé sa journée comme d’habitude par une course de quelques kilomètres pour aller déposer sa jeune sœur au Lycée d’Ameriguebé. Il la prenait tous les matins dans leur quartier Gardolé 2 et leur itinéraire de 10 kilomètres était pur lui le moment le plus exquis de la journée. Les mains de sa jeune sœur autour de sa taille, ils parcouraient la ville en refaisant le monde. Il lui prodiguait conseils et elle ne se privait pas de lui poser ses problèmes, même les plus troubles.

En ce moment, le sujet à la mode était l’extrémisme religieux. Actualité oblige! Sa sœur soutenait l’action de la secte islamiste BH, estimant qu’il s’agissait d’une minorité opprimée qui n’avait pu se faire entendre par les voix légales, et avaient pris le chemin des armes pour se faire entendre. Lui fraichement entré à l’école de police, ne partageait pas le point de vue de sa sœur, mais le comprenait. Et beaucoup de tchadiens vivaient avec cette intense bagarre interne, surtout depuis que leur pays était officiellement entré en guerre. Le terrain de ces plaidoiries enjouées était sa nouvelle motocyclette, cadeau qu’il avait reçu de son oncle après son admission à l’école de police quelques mois plutôt. Ainsi commençait sa journée, avec sa jeune sœur, rêvant de refaire le monde comme Alycone et Ceyx.

[…] A présent qu’il revenait à lui, il ressentait une vive douleur dans le bas du corps. Il avait peine à se remémorer ce qui c’était passé quelques instants auparavant. Ses pensées convergeaient vers sa sœur. Où était-elle? que faisait-elle en ce moment? il fallait qu’il réfléchisse, mais dès qu’il essayait, une douleur lancinante lui traversait le crane et lui brouillait la vue. « Calme toi, respire et réfléchis! » se dit-il. Sa vue s’éclaircissait peu à peu, et il put distinguer autour de lui une vision cauchemardesque. Cela ressemblait plus à des scènes de ces centaines de films de guerre qu’il avait regardés toute son enfance. Fallait qu’il se réveille, ceci ne pouvait pas être vrai. Il essaya encore une fois de se relever, mais ne put qu’aggraver la douleur fulgurante qui lui paralysait le bas du corps. Il se pencha et vit que ses jambes étaient coincées sous un épais bloc de béton. il essaya de le pousser, mais cela réussissait seulement à lui faire encore plus mal. Il était hors de lui, car ne savait quoi faire. Il se mit à hurler « Aidez-moi » et s’écroula.

– « Calmez-vous s’il vous plait », cru-t-il entendre. En ouvrant les yeux, il vit un visage entouré d’un écrin blond penché sur lui. Ce visage lui semblait familier. Il sombra dans le noir complet…

3 réflexions au sujet de « Je suis TCHAD – Première partie »

  1. La secte BH (Beignets-Haricots hein!!!) looool
    Le décor est planté, moi je wait la suite que sauf!!!! Je n’ai pas l’imagination débordante comme vous hein!

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  2. Beau décor, des personnages aux parcours particuliers. On attend d’en savoir plus sur le jeune policier et surtout sur le sort de sa sœur. Différentes directions possibles pour ce beau conte mais au fond, le choix revient à l’auteur en fonction de la prise de position qu’il a certainement déjà pris sur l’événement. Au plaisir de lire la suite.

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