Game-Over!!!

La vie à deux est de plus en plus idéalisée. Et de plus en plus fragile. Entre la peur de se perdre et le désir de perfection, que peut-on espérer de l’amour, du couple, et à quoi faut-il renoncer? Autour de nous, les couples heureux ne sont pas pléthore. Chacun rêve de vivre le grand amour. Peu semblent y parvenir. Ci-dessous quelques témoignages qui sont presque devenus banals à notre époque.

  • Marine, 27 ans : « Le bonheur à deux, j’ai toujours l’impression que c’est pour les autres. Je rencontre des hommes. Chaque fois ça démarre fort, puis la vie à deux m’étouffe. Je ne sais pas comment font ceux qui y arrivent. »
  • Christine, 36 ans : « Je suis mariée depuis douze ans. Je suis attachée à notre famille, mais notre vie amoureuse s’est essoufflée. J’ai envie de sentir mon coeur battre, d’avoir du désir. Je ne sais pas comment retrouver ça avec mon mari. Du coup, je rêve d’aventures clandestines. »
  • Pierre, 36 ans : « À l’époque de nos parents, le couple en tant que modèle social ne se discutait pas. Aujourd’hui, le monde a changé. On ne fait plus confiance aux institutions. Comment pourrait-on encore faire confiance au couple ? »

Le culte de l’épanouissement personnel
Un constat amer doit être fait d’entrée de jeu: « Dans une culture qui valorise l’épanouissement individuel, le statut de célibataire paraîtrait presque plus enviable. » Aux « celib » la liberté, la possibilité de s’accomplir vraiment, sans être entravés par le carcan du mariage. Les célibataires ne songent qu’à trouver l’âme soeur tout en prétendant savourer leur solitude. Les difficultés avec leurs mecs deviennent le thème principal des soirées entre copines. Les hommes fuient dans le travail ou les jeux vidéo… Peu sont celles et ceux qui assument l’importance du couple pour leur équilibre et se donnent le droit de clamer leur amour haut et fort. Comme si croire en l’amour était une preuve de naïveté.

La peur de l’engagement
Aujourd’hui, rencontrer quelqu’un n’est plus vraiment une difficulté. Les sites spécialisés parviennent à rompre l’isolement. Mais, passé le premier dîner, la première nuit ensemble, on a du mal à franchir les étapes suivantes. Chacun reste dans une posture prudente, par peur de s’emballer trop vite. On reste indéfiniment en période d’essai et ça affadit tout. L’idée même d’engagement fait peur à plus d’un. « C’est comme si je devais abdiquer de moi-même. Je me demande si les femmes de ma génération peuvent encore s’accommoder d’un mode de vie qui a enfermé leurs mères et leurs grands-mères. » s’interrogent quelques-unes.

clefs

Cahin-caha, les couples se forment malgré tout mais peinent à s’affranchir du règne de la peur. Peur de faire le mauvais choix, de devoir renoncer à leur liberté. Peur, surtout, que l’amour ne dure pas. « Si bien que l’on ne cherche plus à se laisser emporter par une rencontre. On cherche plutôt à souffrir le moins possible. Et l’on ne prend plus les risques nécessaires pour vivre de belles histoires. Pourquoi le couple est-il devenu une affaire si compliquée ? Est-ce parce que nous en attendons trop ? Je ne pense pas. Je suis même convaincu que l’on n’est pas assez ambitieux en ce domaine. En revanche, on attend trop de l’autre et pas assez de soi-même. On se met en quête de la bonne personne pour soi, sans chercher à être la bonne personne pour l’autre. Nous attendrions de lui qu’il nous rassure, qu’il soit un remède à tous nos maux en se montrant à la hauteur du fantasme que nous avons de lui.

Mais l’amour se niche dans l’altérité. Dans ce qui, chez l’autre, diffère radicalement de nous et demeure mystérieux. En cela, les couples mixtes (Entendu ici de 2 nationalités différentes) partent avec un avantage : l’autre a cette aura d’étranger dont il faut découvrir les goûts, la langue, la manière de penser. Il faudrait ne jamais perdre cette curiosité mutuelle.

La routine, un échec ?
Notre époque ne nous aide pas à consacrer au couple le temps et l’énergie dont il a besoin. La pression du travail inverse l’ordre des priorités : la carrière avant l’amour. Arrivées à la trentaine, les femmes choisissent alors un partenaire dans l’urgence, avant qu’il ne soit trop tard pour enfanter, et tant pis si la relation n’est pas satisfaisante. Face à un avenir incertain, le « court-termisme » pèse sur les couples. Ils ne se projettent plus à dix ans, à vingt ans. Cette absence de vision commune les prive des ressources qui leur permettraient de traverser les turbulences.

S’ajoute à cela le besoin d’intensité, nourri par les sollicitations permanentes de la consommation et des écrans, qui pousse à assimiler l’inévitable routine du quotidien à un échec de la vie à deux. Or les moments d’ennui sont précieux. Ils permettent aux partenaires de renouveler leur créativité. Mais lorsqu’ils surviennent on est plus souvent dans la fuite en avant : chacun de son côté, on cherche à se divertir ailleurs. Les couples d’aujourd’hui accordent plus d’importance à leur rôle de parents qu’autrefois. Et ne s’autorisent plus suffisamment à prendre du temps pour eux. Le résultat est statistique : le pic des séparations survient après la naissance du deuxième enfant…

Le couple, lieu d’un bonheur à nul autre pareil
Si le couple est menacé, il demeure pour moi le lieu d’un bonheur à nul autre pareil. À condition de savoir à quoi s’en tenir. L’état amoureux des débuts est sans doute le plus excitant, mais, parce qu’il ne dure pas, il nous plonge dans le tourment. Changer de partenaire dès que cet état se dissipe, c’est se condamner à ne goûter que l’entrée, sans jamais savourer le plat de résistance : celui de l’amour plus profond qui s’installe avec le temps, quand on parvient à aimer l’autre pour ce qu’il est. Cet amour-là nous apaise. Il nous fait atteindre la félicité de vivre avec son meilleur ami, la confiance d’avoir à ses côtés quelqu’un qui nous donne la place d’être nous-mêmes. Et alors, on sent bien qu’on est plus forts et plus libres à deux. Seuls ceux qui n’ont pas goûté à ce deuxième temps de l’amour imaginent qu’il est moins savoureux que la passion initiale.

Le secret de l’amour durable en quatre mots rassemblés dans les initiales du CARE : Complicité, Amour, Respect, Engagement. Il s’agit, pour le vivre, de sortir du fantasme de la relation idéale et de se retrousser les manches pour qu’elle le soit vraiment.

5 réflexions au sujet de « Game-Over!!! »

  1. Si tu veux être heureux, reste seul… Si tu veux rendre l’autre heureux, alors mets toi en couple… Ces mots pour moi résument la façon dont la relation doit être vécue. Tu as raison de dire qu’on a tendance à toujours se chercher la bonne personne pour nous, sans chercher à être la bonne personne pour l’autre. D’ailleurs comment vouloir que l’autre donne tout ce qu’il a de lui, quand nous ne donnons pas tout ce que nous avons de nous et que nous sommes juste là à attendre que l’autre soit ce que nous devons.

    Un autre point essentiel que tu soulignes c’est les projets. Pour moi Un projet donne une vision à un couple et lui permet de s’accrocher à quelque chose en période de turbulence, ce d’autant plus que les turbulences ne manquent jamais!

    « Le résultat est statistique : le pic des séparations survient après la naissance du deuxième enfant… » Ouf! J’ai encore le temps de voir venir! krkrkrkr D’ailleurs, du coup je vais prendre mon temps! On va en faire un tous les 10 ans, ça nous assurera au moins 20 ans de mariage! mdrrrrrrrrrrrrrrr

    Aimé par 2 people

  2. Très bel article qui résume ce que j’entends comme la vraie expérience de couple. C’est certainement beaucoup plus compliqué en effet que les modèles à cinq francs cinquante que nous servent les journaux, mais c’est bien plus « nourissant ». L’accomplissement est plus grand.
    Tu soulignes les notions de projet de vie, et cette capacité à aimer l’autre pour ce qu’il est, je rajouterais avec ses défauts et ses qualités. Dans la culture du « tout, trop vite » qu’est la nôtre aujourd’hui, des notions comme celles-là semblient innaceptables, trop difficiles alors que c’est bien celles-là qui formaient le ciment des cdouples de 50 ans du temps de nos parents.
    En tout cas, merci pour cette belle leçon, agréable manière de commencer la semaine et article que chacun devrait partager avec celui ou celle qu’il considère ou qu’il aspire à voir devenir un partenaire de vie.

    Aimé par 1 personne

  3. Ping : End of the Road… | Alain Guy E.

  4.  » Changer de partenaire dès que cet état se dissipe, c’est se condamner à ne goûter que l’entrée, sans jamais savourer le plat de résistance : celui de l’amour plus profond qui s’installe avec le temps, quand on parvient à aimer l’autre pour ce qu’il est. »

    Excellent! Notre génération est bien une sorte de génération kleenex : je prends, je goûte, je jette… Mais il y a plus que cela…

    Aimé par 1 personne

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