Sexe : Revélez la bête en vous

Une pincée de bestialité, quelques morsures, des mots crus… Il n’y a pas de mal à exprimer ses fantasmes en faisant l’amour ! Mais comment jouer de ces pulsions transgressives sans culpabiliser ?

Un bellâtre autoritaire, une jeune vierge, des fessées qui claquent… et, quelque cinquante millions d’exemplaires de Fifty Shades of Grey plus tard, il est désormais incontestable que le sadomasochisme soft émoustille. Surtout, ces jeux sexuels ont un réel potentiel fantasmatique : six femmes sur dix sont disposées à s’ébattre en étant dominées ou dominantes ; quatre sur dix, à recevoir ou à donner une fessée. Moi, Tarzan, toi, Jane ? Si Tarzan mesure la force de son étreinte, que Jane n’a pas des bleus plein les fesses et que les deux y trouvent du plaisir, pourquoi pas ? let’s go!!! LOL!!!

Pas question, évidemment, de faire l’apologie de la violence conjugale. Oui à un peu de sauvagerie au lit ; non à la brutalité imposée. C’est en effet toute la différence entre « l’amour qui fait boum » et celui « qui fait bing », tel que le chantait Magali Noël dans « Fais-moi mal Johnny ». Mordillements, fessées, sexe à la hussarde et mots crus réveillent les tigresses et les fauves cachés sous nos costumes de personnes civilisées. Car, avant d’être une forme de communication dans le couple, la sexualité est un élan pulsionnel. Primaire, brutal, puissant, parfois débordant… et apprivoisable.

Le retour de la fessée

Le pouvoir excitant de ces petites brutalités consenties trouve ses racines dans l’enfance. Dans notre développement, la génitalité arrive très tardivement. Lorsque, au lendemain de la puberté, nous commençons à faire l’amour, nous avons déjà derrière nous la longue histoire d’une sexualité polymorphe (Sexualité des enfants selon Freud) qui tire plaisir de tout. Ainsi, mordiller là où c’est rebondi, moelleux, avoir de la chair plein la bouche, renvoie aux délices de l’oralité et de l’allaitement maternel.

Grimper aux rideaux lorsque le coït devient un peu sportif rappelle les bagarres d’enfants,Je-veux-une-fessée nos premières relations sexuelles. Proférer des insultes, des mots crus et tout ce que, petit enfant modèle, on n’avait pas le droit de dire sans être punis, prend une dimension délicieusement transgressive. Et les fessées ouvrent encore de nouvelles perspectives… Jean-Jacques Rousseau dépeint bien, dans ses Confessions, l’intense plaisir que lui ont procuré celles données par mademoiselle Lambercier.

Les fesses, premier lieu de soins et d’échanges de l’enfant avec sa mère, sont en effet aussi celui des premières punitions. Subtile, la sexualité peut s’emparer de tout, y compris d’humiliation ou de culpabilité. On est ainsi étonné de son plaisir à avoir pris des claques sur les fesses : « J’étais à la fois excité, honteux, excité d’être honteux… » Certains apprécient même d’être sur la ligne de crête entre douleur et plaisir. Une dualité venant des sentiments d’amour-haine que le bébé porte à sa mère. Il se nourrit de sa douceur, de sa chaleur protectrice… Mais il vit aussi la faim et la frustration de ne pas voir arriver le sein comme une violence.

Quelques années plus tard, le lien inconscient entre excitation et brutalité se nourrit, à partir de 5-6 ans, de ce que l’enfant imagine de la sexualité des adultes. En observant les animaux qui copulent, il se fait, déjà, une idée pas tendre de la chose. Puis, un craquement, un bruit étouffé, une simple porte refermée lui font imaginer entre ses parents une scène d’une grande brutalité. Nombreux sont les gens qui, adultes, ne peuvent envisager la sexualité de leurs parents. J’en connais d’ailleurs très bien. Hihihi

Pourquoi une telle pudeur ? Parce que nous ne parvenons pas à concevoir que notre mère ait consenti à un rapport sexuel. Dans nos fantasmes, il ne peut que lui avoir été imposé. Pour les filles, mais surtout pour les garçons, elle est à la fois madone, pur objet de tendresse, et putain (celle qui trahit en couchant avec le père). Deux figures encore bien présentes dans nos inconscients et qui nourrissent pour longtemps les fantasmes de soumission et de domination. Si bien que certains hommes ne peuvent jouir qu’en jouant à rabaisser leur femme… et certaines adorent cela.

Les joies de la soumission

Certaines aiment être « plaquées contre un mur« , sans préliminaires. Rien d’exceptionnel le fantasme de viol est quasi générique chez les femmes et très courant chez les hommes. Avec un double mouvement : celui de s’imaginer être violenté et celui de dominer son partenaire. Car, dans les fantasmes comme dans les rêves, nous jouons tous les rôles. Côté femmes, par identification à l’homme, qui les prend à la hussarde, certaines s’imaginent dominantes et toutes-puissantes. En position passive, elles peuvent aussi se dire qu’elles ne font pas que subir le désir de leur partenaire. Des décennies de morale nous ayant laissé croire que le plaisir féminin est sale et honteux, le fantasme de viol fait alors office de  c’est pas moi, c’est l’autre. « Lucie » reconnaît rêver d’être à la merci de son amant. Cela permet de jouir en toute tranquillité, sans assumer ses désirs et son plaisir.

De leur côté, certains hommes y trouvent une confirmation de leur virilité ou une parade pour ne pas se confronter au désir féminin. Parce qu’ils ont peur de ne pas être à la hauteur, mais aussi parce que, avec sa potentialité multi-orgasmique, la femme leur paraît insatiable. Inconsciemment, ils peuvent en outre, en jouant la brutalité, mettre à distance une trop grande tendresse qui leur rappellerait l’envahissement maternel de la petite enfance. Du temps où ils étaient l’objet de leur mère, dépendants de son bon vouloir et de ses caresses.

C’est paradoxalement cette même peur qui peut également leur procurer du plaisir, lorsque, par identification à la femme soumise, certains rêvent d’être objet de leur compagne… sans prendre le risque d’être soupçonné d’homosexualité. Un imbroglio de projections et d’identification qui fait toute la complexité de la sexualité adulte.

psyco-bien-être-couple« Je fantasme des scènes sauvages… que je n’oserais jamais raconter à mon mari », confie « Marie ». Pas facile, en effet, d’assumer cette part d’ombre. Nous préférons l’édulcorer, la taire ou la refouler. C’est le sujet le plus compliqué à aborder. Par nos fantasmes, c’est notre magma le plus pulsionnel qui s’exprime. Nous avons peur qu’il nous déborde ou qu’il ne soit pas entendable. Pour certains, les injonctions morales sont trop fortes. Je me disais : « Une fille correcte ne fait pas ça, ce sont des trucs de bordel », raconte « Lucie ».

Les femmes ont plus de difficultés que les hommes à alterner les polarités sujet-objet. En miroir, nombreux sont les hommes qui craignent de ne pas être acceptés dans leur envie de sauvagerie. « Il faut que ma partenaire me le demande » témoignent certains, car ils ne veulent pas passer pour de grosses brutes.

Il faut être clair : jouer la brutalité, c’est jouer. La fantasmer ne signifie pas vouloir la vivre dans la réalité. C’est toute la différence entre l’imagination et le passage à l’acte, entre une sexualité vivante, ludique et la perversion. Quelqu’un de normalement névrosé peut jouer de petites brutalités sans oublier que l’acte sexuel est une rencontre entre deux sujets désirants. Le pervers utilise l’autre pour assouvir sa jouissance, il le prend réellement pour un objet. Il faut être conscient de cette nuance là.

C’est aussi ce qui distingue l’agressivité de la réelle violence. La première, au sens propre du terme (du latin « ad gressere », c’est-à-dire « aller vers »), est nécessaire pour que le coït se fasse. « La pénétration est une intrusion. La femme se cambre, le pénis se bande : il s’agit d’entrer dans le corps de l’autre, non pas de le détruire ». La violence, à l’inverse, est une force qui nous emporte, nous coupe du partenaire et oublie la relation.

Du sexe, rien que du sexe

D’où l’impérieuse nécessité de parler de nos envies de sauvagerie, de s’assurer qu’elles seront acceptées et satisferont aussi notre amant(e). Un ajustement indispensable pour une bonne complicité de couple. Le cadre doit être posé : consentement mutuel, plaisir partagé et vérification régulière que nous sommes sur la même longueur d’onde. Car on peut s’en amuser un peu, beaucoup puis plus du tout. L’excitation est un état modifié de conscience, une transe. Nous décollons du réel, nous ne sommes plus dans le contrôle. Si nous ne nous assurons pas que l’autre prend, par exemple, les mots crus au second degré, c’est la douche froide.

Pour éviter toute incompréhension, certains s’accordent sur un code (« stop », par exemple) permettant de suspendre les hostilités en cas de besoin : « J’aime mordre… pas trop fort. Je ne supporterais pas de faire mal », dit-il. Il est indispensable que ce qui se passe au lit reste au lit. C’est un pacte qui ne vaut que le temps du rapport sexuel. Hors de question d’insulter sa compagne en dehors de ces jeux. Et on ne peut vivre des moments de sexualité sauvage dans son couple qu’à condition qu’ils soient équilibrés par des rapports de tendresse et de sensualité.

Sainement partagée, la sauvagerie est un inépuisable potentiel d’excitation… et un bon moyen de domestiquer nos pulsions les plus vives, un exutoire pour évacuer la pression à laquelle nous sommes sans cesse soumis. Nous ne pouvons jamais nous lâcher. Ni au travail ni en famille. La sexualité offre un espace cathartique nécessaire pour l’équilibre psychique.

Sans compter que jouer, aller ensemble aux confins de notre conscient et de notre univers pulsionnel, est une réelle mise à nu. Les amants n’en reviennent que plus unis. En insufflant une énergie à la relation sexuelle, en nourrissant le désir et en amenant le couple dans de nouvelles contrées, la sauvagerie réveille une fougue oubliée ou patinée par les années.

Jeux ou perversion ?

Prendre plaisir à être fessé – pas trop fort –, dominé – un peu –, humilié – légèrement – par le partenaire, n’est-ce pas de la perversion ? Selon les psychanalystes freudiens, ces pratiques nous rappellent que tous nos fantasmes renferment un noyau de perversion. Parce que la sexualité adulte se construit à partir des jeux sexuels de l’enfance, où le petit utilise tous les moyens à sa disposition pour se faire plaisir – Freud parlait de « perversion polymorphe » pour désigner la sexualité infantile.

Et aussi parce que la plupart des individus dits normaux sont secrètement fascinés par les vrais pervers, qui ignorent la culpabilité, la honte, et qui n’hésitent pas à transformer l’autre en objet de satisfaction ou à enfreindre n’importe quel interdit pour réaliser leurs fantasmes sadiques, masochistes, voyeuristes, exhibitionnistes.

quote-tout-amour-est-a-la-fois-douceur-et-violence-georges-dor-205945Pourtant, à l’inverse de ce qui se produit dans la perversion au sens propre, la majorité des couples préfère fantasmer, faire « comme si », jouer plutôt que de se livrer à des pratiques violentes réduisant l’autre au rôle d’esclave sexuel. Alors la bête en vous pourra sortir de sa cage, mais en gardant ses griffes rentrées, car à la fin, le but, c’est de se faire plaisir, mais surtout de donner du plaisir.

8 réflexions au sujet de « Sexe : Revélez la bête en vous »

  1. Intéressant pour le moins. Mon seul petit conseil, le blog est un lieu d’expression de sa vision du monde. Or, il y a beaucoup de références disons un peu scientifiques. Dans ce cas, ça serait bien de les sourcer. Bel essai, mais je perds un peu la morgue perso. On en parle sans vouloir trop y toucher…lol. Bises.

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  2. « Des décennies de morale nous ayant laissé croire que le plaisir féminin est sale et honteux, le fantasme de viol fait alors office de c’est pas moi, c’est l’autre. « Lucie » reconnaît rêver d’être à la merci de son amant. Cela permet de jouir en toute tranquillité, sans assumer ses désirs et son plaisir. »

    Bien dit ! En tout cas je ne parle pas ici, ça va caler sur moi dès que Tchoupi va lire ça! Loool

    Aimé par 1 personne

    • Je pensais avoir laissé mon commentaire , apparement NON.
      Je trouve l’article interessant sur un point de vue scientifique si je me referre au contenu et aux emprunts à certains auteurs.
      Il serait encore plus exquis si tu apportais à tes articles une touche personnelle , un côté lyrique , une vision propre. J’aime le style romancé car j’ai le sentiment de me plonger dans l’histoire à chaque fois.
      Bel essai tout de même.
      Au plaisir de te lire.

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  3. J’aime le texte quoi que je l’aurais préféré dans le style romancée. Surtout qu’il me semble que c’est un blog donc la part belle devrait être faite au lyrique . Ce serait bien que tes textes s’inspirent d’avantage de ta propre vision du monde , de tes idées bref de ton vécu personnel donnant ainsi une touche personnelle à tes textes.

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