Douala – Venise à temps partiel

Cette pluie torrentielle qui commençait à 2h du matin n’augurait rien de bon. Allongé dans la pénombre, Stanley se refusait à verser une larme, ne voulant en rajouter au désastre qui se préparait, pour la Nième fois ces dernière années. Pour paraphraser Koppo dans Hommage à Marc Vivien Foé, « Il a plu depuis le chap chap, depuis le matin, Qui pouvait know que c’était les larmes du destin ». Destin qui pour Stanley semblait s’acharner à lui rappeler qu’il avait jamais su nager, et était désormais, par la force des choses devenu membre du « peuple de l’eau ».

Tout en vérifiant le fonctionnement de son système de « levage » sensée sécuriser les minces avoirs qu’il collectionnait dans sa masure au fin fond de Makepe Missoke, Stanley songeait à la journée suivante qui serait probablement aussi cauchemardesque que plusieurs autres avant. Il se demandait comment il ferait pour accompagner son fils à l’école en ce jour de rentrée scolaire, lui qui devait faire ses premiers pas dans le monde scolaire dès le lendemain. Ce dernier frissonnât à côté de lui, se rapprochant de son papa à la recherche d’un peu de chaleur. Au moins une chose positive dans cet enfer, avec les pluies, les nuits étaient plus douces. Et grâce au don de moustiquaires imprégnées du Chef de quartier quelques mois plutôt, ils pouvaient échapper au concerto en « sang » mineur organisé par les moustiques de son quartier, dont ce devait être la réunion mensuelle en ce lieu, tellement ils étaient nombreux agglomérés sur la toile protectrice.

11372441_776979819088853_1040092468_nLa pluie se faisait plus drue. Les tôles qui étaient sensées les protéger des intempéries, avaient de la peine à remplir leur fonction. De minces filets d’eau commençait à s’infiltrer, mouillant au passage son matelas. Il réajusta la position de son fils pour lui éviter d’être trempé par la pluie qui tombait maintenant plus intensément à l’intérieur qu’à l’extérieur. Il eut la gorge nouée en regardant son fils dormir si paisiblement dans cet enfer. Enfer qui, 2 années plutôt, avait failli l’emporter alors qu’il était encore un bébé. Il se remémora cette journée tragique qui avait fait de lui un veuf, élevant seul son fils dans le trou du cul du monde!

Cette nuit-là, alors agent de sécurité en charge de la surveillance d’une agence bancaire à Bali, il n’avait pu assister au déluge qu’au travers des informations spartiates qui arrivaient à ses oreilles. Et cette nuit-là, la pluie avait aussi été diluvienne. Comme si le seigneur avait décidé de les punir du crime d’être nés pauvres ! Son épouse avait été portée disparue à son retour le matin, emportée par les flots dans la nuit, et son corps n’avait jamais été retrouvé. Il portait le deuil depuis ce jour, pleurant sans relâche sa tendre et douce Dorothy qui avait choisi de s’unir à lui malgré son « handicap » social. Son fils n’avait eu la vie sauve que parce que, son papa n’étant pas nanti, ne lui avait pas encore acheté de berceau et il dormait encore dans la bassine où il prenait son bain. La nuit tombée, elle était transformée en berceau et on l’y installait. Cette couche improvisée, que beaucoup auraient cataloguée de piètre et avilissante, avait pourtant permis de sauver la vie du jeune enfant. Il lui avait fallu deux (2) jours pour retrouver son fils, sa couchette ayant flotté jusqu’au pont Mbanya avait été récupérée par une âme généreuse qui l’avait déposée au commissariat du 12e arrondissement. Il regarda son fils et écrasa un sanglot. Sa raison de vivre, lui avait été rendue par le Seigneur, littéralement sauvé des eaux. Moïse le bien nommé était la seule chose qui permettait à Stanley de s’accrocher à la vie.

inondations_douala_bar_640Depuis lors, Stanley avait « reconstruit » sa bicoque, y apportant quelques mesures de sécurité, comme des prises électriques en hauteur,  un système de poulies « dernier cri » permettant sur simple mouvement d’une manivelle placée à son chevet, de sécuriser ses biens en les faisant monter vers le plafond. Il avait apporté plus de soins aux finitions cette fois, et ne voyait l’extérieur que par temps de forts vents. Les aides financières promises par l’état pour les recaser n’étaient jamais venues, encore moins les kilomètres de drain promis pour juguler les flots en cas de forte pluie. Résultat, les habitants avaient appris à vivre les pieds dans l’eau. Il ne manquait que les péniches et on se serait cru à Venise: les odeurs et détritus flottants en plus.

Stanley testa une dernière fois son système de levage, laissa trainer son bras gauche le long du lit. Il devait lui servir de testeur en cas de montée rapide des eaux. Le peuple d’en bas avait finalement appris à vivre en enfer. Il y’a quoi? La vie devait continuer. Stanley sombra tout doucement dans un sommeil léger en pensant aux divers drames qui se joueraient ce matin au réveil. Il allait essayer d’en sortir vainqueur, une fois de plus. Il le devait à Moïse

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