Quand ma vie déraille – Deuxième partie

Vous avez oublié Eseka? Moi pas!!! Dans cette série, je vous présente 3 destins qui ont été chamboulés suite à l’accident de train survenu le 21 Octobre à Eseka. Ces récits, bien que fiction, se veulent ma participation au processus de deuil qui sera long et douloureux pour de nombreuses familles. Dans cet article, « A Loga » jeune camerounais, débrouillard dont la vie tourne autour du train verra en ce jour son destin a tout jamais changer.

Rodrigue, plus affectueusement appelé par ses amis « A Loga » était le parfait spécimen de la jeunesse camerounaise que la marche vers l’émergence avait laissé sur le bord de la route. Il cumulait a lui seul toutes les « tares » qu’on ne devait pas avoir dans ce pays en voie de développement vers le sous développement si on espérait réussir. Il était issu d’un milieu pauvre, digne descendant d’une célèbre figure historique de notre pays dont les positions politiques n’avaient pas apporté pitance a sa descendance, bien au contraire. Et par dessus tout, il n’était pas ce qu’on pouvait appeler une beauté de la nature. Mais a cela, « A Loga » faisait face avec dignité, en bon fils bassa’a** qu’il était.

Le train, ma vie

9148986-14570578Mettant a la perfection les recommandations du « Père de la nation » selon lesquelles, l’agriculture serait le vivier d’emplois et de richesses pour la jeunesse de son pays, « A Loga » était retourne a la terre. il cultivait un lopin de terre dans les encablures de Messondo ou il faisait pousser du manioc. Et ce tubercule, il le transformait en « Mintoumba »*** qu’il se chargeait ensuite de vendre. Alors les journées de travail de 20 heures, « A Loga » les enchaînait tous les jours: La galère ne connait pas le weekend. La remise en service du train voyageur quelques années plutôt avait tee un aubaine pour lui, cela lui avait permis de trouver une clientèle, et de voir du pays par la même occasion, ou ce qui pouvait être considéré comme voir du pays.

Alors après avoir sorti ses « mintus »**** du feu a l’aube, il scrutait le passage du train voyageur qu’il prenait en « clandes », et se rendait a Yaounde la capitale, tout en écoulant le fuit de son labeur dans les wagons. Sur le trajet retour, il en faisait de même, et descendait dans son village. Il faisait ce trajet 2 fois par jour, et la nuit tombée, après le passage du dernier train, toujours en retard, il préparait une nouvelle fournée et s’apprêtait a recommencer son cycle quotidien. Le train c’était sa vie. Il lui permettait d’envoyer ses frères cadets, Yves et Simon au lycée d’Eseka; de s’occuper de son jeune fils. Oui sans ce train, beaucoup de destins seraient brises, donc le sien!

Au diable les normes

Il avait un leitmotiv dans sa vie : « chacun s’assoit, Dieu le pousse« . Maxime qu’il appliquait a la lettre, n’hésitant jamais a prendre avantages de situations les plus rocambolesques tant qu’il pouvait en tirer profit. N’avait-il pas été spolié et mis au ban toute sa vie? Lui, descendant d’un grand opposant historique n’avait-il pas été banni du lycée lorsque le parti de son défunt aïeul avait perdu la mairie d’Eseka au profit du parti au pouvoir? (une première depuis des lustres, son illustre ancêtre s’était probablement retourné dans sa tombe après pareille déconfiture, qui plus est sur ses propres terres). Ne faisait-il pas l’objet de harcèlement permanent des forces de l’ordre depuis sa tendre enfance? Au point d’avoir été exproprié et exilé a Messondo dans le village de sa maman. Alors au non de quoi devait-il se montrer altruiste envers qui que ce soit? Il traçait son chemin et tout ce qui concourrait a son bonheur ou pas était bon a prendre.

CONTROLEUR DE TRAIN

Alors même au moment de « serrer » le train, il fallait jouer des coudes, et « A Loga » fort de son mètre 90 et de sa stature imposante jouit des coudes pour se frayer un chemin et ne ménageait aucun des autres clandestins. Si certains ne parvenaient pas a grimper, tant mieux, cela diminuait la concurrence. Une fois monte, il fallait maintenant jongler pour éviter les contrôleurs. Heureusement que celui qui approchait c’était une connaissance.

– Manyang, ndilà? (Mon frère, çà va?)
– Mé yé ndeck Répondit-il. (Je vais bien)

Le contrôleur s’en alla, essayant de tirer profit des voyageurs clandestins pour arrondir ses fins de mois. C’était son « Oncle » Maleter! Il avait beaucoup aidé sa maman après le décès de son papa. Il était présent et représentait la figure paternelle qui leur avait tant fait défaut. Rodrigue le soupçonnait depuis des lustres d’avoir une aventure avec sa mère. Une telle gentillesse et assiduité ne pouvait être fortuite. Meme en pleine foret on sait que le chien ne marche pas sous la pluie pour rien.

Comme des sardines.

(…) Le voyage s’était passe sans encombre, ils étaient arrives a Yaoundé sans grand problèmes. « A loga » profitait de ces arrêts a Yaoundé pour faire des emplettes au marche du Mfoundi. Et se dépêchait de retourner au train avant qu’il ne prenne le chemin de retour vers Douala. Seulement ce jour, fut spécial. Ayant quitte le train avant le pont d’entrée a la gare, il fut surpris a son retour après ses « courses » de voir une foule immense déjà sur les quais. Il se dit que ce serait’impossible de vendre dans ce train avec toutes ces personnes. Rentrer chez lui, restait la seule option. Il parvint tant bien que mal a s’infiltrer dans un wagon plein a craquer. Les gens étaient assis 3 par rangées, et il y’en avait dans les allées aussi. Un seul point positif, c’est sur que les contrôleurs ne passeraient pas dans ces conditions.

d2d2e82a9f9294a9667957da3d627141_LDes heures plutard lorsque le train avait enfin pu s’ébranler pour le retour sur la ville de Douala, c’était dans une atmosphère de chaos. La chaleur étouffante couple aux relents pestilentiels émanant de ces milliers de corps entasses les uns contre les autres, mettant en exergue l’hygiène parfois approximative de certains. Les heures d’attente sur le quai ensoleillé n’avaient rien arrangé, et a cela s’ajoutait les odeurs venant des toilettes, remplies et bouchées bien avant que le train ne quitte la gare. C’est ainsi que le voyage allait se dérouler.

Pres Rodrigue, se trouvait une jeune dame qui se plaignait d’avoir la cheville foulée par la bousculade pour trouver une place, « A loga » n’osait imaginait quel calvaire elle allait vivre avant d’arriver a Douala. A cote d’elle se trouvait probablement la seule personne qui semblait heureuse dans toute cette cohue. il avait sorti un vielle album et exhibait fièrement les photos de sa fille devenue quelqu’un a Douala. D’ailleurs il se rendait a son mariage, et avait du mal a contenir son bonheur. Sa joie était contagieuse car sa voisine a la cheville endolorie prenait gout a cette discussion. Ce qu’il y’avait de bien avec les voyage c’est qu’ils permettaient des rencontres de tout type. Et même « A Loga » de nature si ferme et distant de toute émotion se prenait au jeu, essayant de s’imaginer ce qu’aurait été sa vie avec un papa comme ce monsieur fier de sa progéniture comme un paon.

Voyage funèbre funeste

(…) Lorsque, a l’entrée de la ville d’Eseka, le train montra une nette accélération au lieu de l’habituelle ralentissement, « A Loga » alors entrain d’essayer de se frayer un chemin vers la porte la plus proche se dit que quelque chose clochait. D’autant plus que le voyage avait été totalement catastrophique pour lui, il n’avait pas pu vendre un seul « mintus », comment en aurais t-il pu être autrement avec cette très forte densité au mètre carre? Le train continua d’accelerer et lorsqu’il s’approcha de la porte, il vit avec emoi que les wagon devant s’étaient détachés et fonçaient a vive allure. Son visage se remplit d’effroi. Il compris seulement a cet instant les clameurs qui montaient de l’avant du Wagon depuis quelques secondes. Son sang se glaçât dans ses veines. Il venait de comprendre. Ses pensées allèrent directement a ses jeunes frères. Qu’allaient-ils…? Il n’eut même pas le temps de finir de penser, quelque chose qui ressemblait a un rebord de fauteuil s’avança vers sa tempe et le heurta violemment

Cameroon Train Crash

(To be continued…)

* A Loga: Nom affectueux donne en pays Bassa’a au Cameroun. Signifie Jeune Homme
** BAssa’a: Ethnie du Centre du Cameroun
*** Mintoumba: Gâteau traditionnel du peuple Bassa fait à base de manioc frais fermenté et de l’huile de palme rouge
**** Mintus: Diminutif de Mintoumba

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