Quand ma vie déraille – Deuxième Partie (FIN)

Vous avez oublié Eseka? Moi pas!!! Dans cette série, je vous présente 3 destins qui ont été chamboulés suite à l’accident de train survenu le 21 Octobre à Eseka. Dans cet article, « A Loga » jeune camerounais, débrouillard dont la vie tourne autour du train verra en ce jour son destin a tout jamais changer. Il devient aujourd’hui le héros non attendu d’un système dont il est l’antithèse. 

Une odeur forte monta à ses narines, un mélange de fioul et d’une odeur tout a fait nouvelle pour « A Loga ». Il émergeait petit à petit de sa torpeur causé par le violent choc qu’il avait reçu à la tête, aidé en cela par les clameurs qui lui parvenaient. Il essaya de se relever mais était encore tout étourdi. Par un réflexe de survis, il se tata le corps tout entier en après vérification, il ne remarqua que le faible filet de sang qui coulait le long de sa tempe. Au fur et à mesure qu’il reprenait totale possession de son corps, les clameurs et ce qu’il pu distinguer comme des pleurs et des cris, se faisaient plus distincts. Il décida alors d’ouvrir les yeux et se trouva nez à nez avec la pire vision de sa vie.

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Il remarqua tout d’abord qu’il était assis a même le sol, a un endroit qui avant était une fenêtre. Les fauteuils alignés sur sa gauche, avaient subi d’énormes dommage et certains étaient encastrés dans la carlingue du train. En se relevant, il remarqua qu’il y avait de la boue un peu partout dans l’habitacle. En essayant de faire un pas, il trébucha sur ce qu’il restait d’un bras pensa t-il. Cette pensée fit monter la nausée et il se retint juste parce qu’en face de lui, se trouvait une dame qui essayait d’extirper quelqu’un coincé sous une pile de fauteuils. A en croire ses lamentations en dialecte Bassa’a, ça devait être sa sœur avec qui elle avait voyagé. Il prêta attention et vit que la dame qu’elle tentait d’extirper, était inerte et blafarde, probablement déjà partie.

N’écoutant que son instinct de survis, il agrippa au torse et s’engagea vers la sortie.

A ce moment, il y’eut une secousse et le wagon dans lequel ils se trouvaient bascula légèrement. Très vite, il compris qu’ils devaient vite sortir de là. Il essaya de discuter avec la dame en pleurs, voulant la convaincre du risque qu’ils courraient a rester là. Elle ne voulait rien entendre et le repoussa. N’écoutant que son instinct de survis, il agrippa au torse et s’engagea vers la sortie. Le bruit strident de la tôle qui se froisse résonna derrière lui, et le wagon commença à glisser vers le bas. Il remarqua une ouverture a l’endroit ou avait été une fenêtre et y projeta la dame toujours en pleurs. Dans la foulée, il plongea lui aussi dans l’ouverture à sa suite au moment ou le wagon entamait son plongeon final vers le vide. Il fut happé par quelque chose qui lui ouvrit la jambe de la cuisse au mollet en emportant le peu de tissu qui restait de son pantalon. Cela lui sauva la vie!

Lorsqu’il toucha terre, ne ressentant aucune douleur, il entendit un cri strident:

– A Sara ééééééééé: Hurla la dame qu’il venait de sauver
Elle criait en tendant les 2 bras vers la carlingue qui venait de disparaître dans un ravin dans un bruit assourdissant, à peine couverts par les hurlements venant de l’intérieur. Probablement des personnes qui n’avaient pas pu en réchapper. « A Loga » se dit que plusieurs comme Sara auront pour dernière demeure cette carcasse de wagon. Revenant vers la dame toujours en pleurs, et presque hystérique, il remarqua, seulement à ce moment là que des deux bras qu’elle tendaient, il en était un qui était inexistant, broyé jusqu’au coude. Il en eu un vif haut le cœur et écarquilla les yeux. Devant sa réaction, la dame regarda son bras gauche, et s’écroula. La poussée d’adrénaline occasionnée par l’accident avait fini de faire son effet!

Il se redressa, et fit un rapide tour d’horizon. On se serait cru dans un état en guerre, une ville pilonnée avec acharnement par un ennemi en rage. Ça devait ressembler à cela l’enfer. Ce qui auparavant était le quai de la gare d’Eseka était aujourd’hui un amas de carcasses enchevêtrées, ayant emporté dans sa course folle, rails, poteaux de signalisations et autres objets dangereux. Aussi loin que son regard portait, il voyait émerger des humains couverts, de boue, de sang, hagards, dandinant en se demandant ce qui venait de se passer. Il se le demandait lui même, et remercia presque le seigneur de l’avoir rendu inconscient le temps de cet accident. Et d’avoir pu en réchapper. Il se disait que, vu le nombre élevé de voyageurs ce jours, beaucoup n’avaient pas eu la même chance que lui.

On aurait pu dire que ceux qui avaient perdu la vie avaient été sauvés de se monde déshumanisé et s’en allaient vivre dans un endroit meilleur

Il réalisait tout doucement ce qui venait de se passer. Un train, bondée venait de se dérailler dans une bourgade perdue au milieu de la foret, et cette ville était tout, sauf préparée à ce genre d’événement. Un cri strident l’enleva a ses pensées: Probablement un accidenté grièvement blessé qui quettait du secours. Rodrigue se dirigea vers le hall de la gare ou il voyait du monde, partagé entre la stupeur, la frayeur et la quête de la meilleure photo. Oui, certains avaient pousser l’indécence jusqu’à se muer en photo-journalistes, immortalisant la misère la plus profonde, au lieu de se porter au secours de ceux qui pouvaient encore être sauvés. La mode du selfie et la poursuite du buzz avaient pris le pas sur toute humanité. Comment pouvait-on rester là immobile, à faire des photos quand on entendait dans les wagons renversés des complaintes et des cris. On aurait pu dire que ceux qui avaient perdu la vie avaient été sauvés de se monde déshumanisé et s’en allaient vivre dans un endroit meilleur.

– « A l’aide » hurla t-il, ne provoquant que la réaction de quelques personnes, la majorité préférant reculer pour ne pas être sali par ce homme en guenilles, au regard perdu déambulant comme un zombie sur le quai.

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N’ayant pu recevoir assez d’aide, il se décida a retourner vers le train accidenté, il allait essayer par lui même d’aider le maximum possible, et même si pour cela il devait y laisser sa vie. Se dirigeant vers le wagon d’ou il avait pu s’extraire. Il croisa une jeune femme, apparemment saine et sauve, mais encore étourdi. Son visage lui semblait familier. Il hâta le pas. Il eut une pensée pour ses voisins de train de tout à l’heure. Ce vielle homme tout heureux d’aller assister au mariage de sa fille; cette jeune femme à la cheville endolorie… Qu’étaient-ils devenus? avaient-ils pu se sauver? Il se demandait en son fort intérieur pourquoi il y allait lui. Lui qui n’avait jamais rien reçu de personne, lui toujours spolié et frustré toute sa vie. Il laissait aujourd’hui son instinct de survis de coté pour se porter au secours de parfaits inconnus. Peut-être en fin de compte, qu’en lui sommeillait encore un bribe d’humanité, qu’il croyait éteinte à jamais.

Cette maman, réalisant ce qui se passait, avait probablement utilisé son corps comme bouclier pour protéger son bébé, priant, dans son denier souffle qu’une bonne ame le trouvat

C’est decidé qu’il sauta à l’interieur du wagon le plus proche, le sien etant en contre bas dans le ravin semblait hors d’attente. Il senti venir en lui une force surhumaine, et se mit à l’ouvrage. il se trouva nez à nez avec un bébé, probablement à peine plus agé de un an qui s’aggripait à ce qui restait de sa maman. Il était miraculeusement sorti indemne de ce chaos. Rodrigue l’empoigna et voulu rebrousser chemin, mais trébucha sur une masse difforme. en voulant s’extirper, il senti du mouvement en dessous de cet amas de vetements. Il repoussa ce corps et découvrit en dessous un nourrisson. il senti un sanglot monter en lui. Cette maman, réalisant ce qui se passait, avait probablement utilisé son corps comme bouclier pour protéger son bébé, priant, dans son denier souffle qu’une bonne ame le trouvat. Il s’empara du second enfant et sorti du train. Il hurla
– Venez, Venez, il y’a des survivants!!!

Quelques courageux se ruèrent vers le train avec l’intention de sauver le maximum de personne. Rodrigue ne savait que faire des bébés. Le plus jeune pleurait et agrippait a lui. Il en versa une larme. Quel destin connaîtra t-il. Si jeune et déjà si seul! Il en était a ses pensées lorsque la jeune femme qu’il avait vu tout à l’heure s’approcha de lui. Lui pris l’un des enfants et lui demanda de s’asseoir pour qu’elle puisse examiner sa jambe qui saignait abondement. Lorsqu’il s’assis, le nourrisson couché sur sa poitrine, il éclata en sanglot. Il pensa a ses jeune frères qui devaient être anxieux, à l’idée qu’il ne soit pas encore rentré. Il pensa à cette jeune femme qu’il ne connaissait pas, qui attendait son papa pour la conduire à l’autel lors de son mariage qui devait se célébrer demain. il pensa à toutes les personnes labas à Douala qui attendraient à jamais un proche qui ne viendra pas. Il pensa à tous ces destins brisés en quelques minutes.

Il se promit qu’à son réveil il serait un homme nouveau.

Sa jambe le lançait, et l’enfant n’arrêtait pas de pleurer. Et curieusement, cela lui sembla une douce mélodie comparée à ce qu’il venait de vivre. Il sombra, bercé par ces pleurs. Ces pleurs lui rappelaient combien était précieuse la vie, combien il était important de se soucier des autres. Il se promit qu’à son réveil il serait un homme nouveau.

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