Tu aurais dû me le dire

En marge de l’initiative « The Blog Contest » qui en est à sa cinquième saison, et son deuxième épisode (#TBCS5E2) , les lecteurs nous ont imposé pour thème « Ce que j’aurais aimé que l’on me dise ». Sérieusement, je me demande où ils vont souvent chercher de pareils sujets. Néanmoins, étant contestant, je suis obligé de m’y plier. Les prochaines lignes vous présenteront mon approche du sujet. Je vous y présente la missive adressée par un jeune Papa à son aïeul, criant au désespoir, mais aussi au bonheur d’être à son tour parent. J’espère que vous allez vous régaler.

Cher Papa Mbombo,

Je ne sais pas si de là où tu es tu pourras me lire, mais en cette journée où nous commémorons les pères, je me suis senti obligé de t’écrire. Tout d’abord, je souhaitais te dire que tu as 2 superbes arrières-petits enfants. Tu n’as pas eu la chance de les voir de ton vivant, mais je suis certain qu’ils t’auraient adoré. Toi, toujours si fort, malgré la maladie. Toi, toujours souriant malgré les difficultés de la vie au village. Toi toujours enclin à la bonté, à la charité, alors que tu n’avais pas grand-chose à partager. Toi , toujours prolixe en conseils pour nous préparer à la vie d’adulte.

Des conseils, tu nous en prodiguais chaque fois que nous avions la chance de te voir. Sur la vie en général, sur la famille, sur la chasse, où tu nous amenais parfois (bien-sûr après être déjà sorti à 4h, pour t’assurer qu’il y’avait des bêtes prises dans tes pièges, tu revenais nous chercher), sur nos relations avec nos parents, sur les préceptes à appliquer une fois que nous serions grands. Oui, tu ne manquais pas de trucs et d’astuces. Beaucoup d’entre eux, me servent tous les jours dans ma vie quotidienne. Cependant, il y’a des choses que j’aurais aimées que tu me dises.

Etre parent est sans aucun doute la plus grande et palpitante aventure qu’il m’ait été donné de vivre, mais Dieu, que c’est difficile parfois! J’aurais aimé que tu me dises à l’avance qu’en devenant Papa, ma vie ne m’appartiendrait plus. Que je resterais en pleine nuit éveillé à réfléchir à un avenir lointain alors que tes arrières-petits fils ne pensent eux qu’aux flûtes de Shuzumé que tu leur as promises pour le lendemain. Qu’il est difficile d’avoir encore des pensées égoïstes. Même un Mouton Cadet, voilà des lustres, que je n’en ai pas bu!!!

J’aurais voulu savoir qu’on n’est pas toujours plus heureux, ou accompli après un enfant, parfois, et même très souvent, on l’est moins

J’aurais aimé que tu me dises combien il est difficile d’être parent. J’aurais tant souhaité que tu me dises à l’avance que parfois j’aurais eu envie de passer mon tour, allant même parfois jusqu’à regretter d’être Papa (Que celui qui ne l’a jamais pensé me jette la première pierre). J’aurais voulu savoir qu’on n’est pas toujours plus heureux, ou accompli après un enfant, parfois, et même très souvent, on l’est moins. Certes, l’arrivée d’un enfant transforme tout ce qu’on a connu comme repères. Le sommeil, les routines, le couple se retrouve souvent dans un véritable tourbillon de stress et d’émotions.

Que tu me dises que c’est un métier à plein temps qui remplirait les journées même si elles avaient 90 heures! Des couches aux boutons d’acné, quand ils en auront. Que tu me dises que le temps passera, les enjeux changeront, mais que pendant les quinze prochaines années au moins, ils occuperont le centre de mon univers. Je me suis amusé à un petit calcul sur la base de mon niveau de vie actuel, j’aurais coûté à mes parents pas moins de 80 Millions XAF de ma naissance jusqu’au moment où j’ai finis mes études universitaires. Imagines-le, nous étions 5!!! La vraie magie. Je me demande comment vous avez fait, je me demande comment je le ferai. A cet énorme sacrifice, il faut encore ajouter beaucoup de frustrations quotidiennes, « Ne fais pas ceci », « Lâches ta sœur », « Ne cries pas sur ton frère »… Des fois, je te le dis, je me permets de rêver à ma vie d’avant

C’est vrai je dois commencer à te sembler grognon. Mais que Nenni, car comme ne le montrent pas mes plaintes, j’adore ce nouveau job. Et même à cela tu ne m’as pas préparé.

On dit souvent que les enfants nous font grandir et il est vrai que s’ils donnent un sens particulier à notre vie, ils nous enseignent aussi, à leur insu, à avancer, se battre et trouver en nous une force qu’on ne soupçonnait pas. Même malade ou triste on ne se pose pas de question, on sourit et on continue à prendre soin de nos petits. J’aurais aimé que tu me dises qu’il y’avait en moi une telle force que je ne soupçonnais même pas. Tu ne m’as dit non plus combien éduquer une fille est différent d’éduquer un garçon, pourtant tu en as eu beaucoup de chaque. Que je serais capable d’entretenir des relations avec des passions tout aussi différentes, mais non moins intenses avec chacun d’eux, n’ayant d’égal que l’Amour que je leur porte.

On se drogue de leurs odeurs et de leur peau quand ils viennent se blottir contre nous

Tu aurais dû me dire ce que c’est le véritable Amour. Cet Amour indescriptible, que seul un enfant sait apporter (en tout cas personnellement j’ai du mal à l’expliquer), un Amour tout aussi merveilleux mais complètement différent de celui qu’on pourrait porter à un conjoint. J’aurais aimé savoir à l’avance qu’être Père me ferait renouer avec une communication plus archaïque dans laquelle l’intensité des regards nous bouleverse. Dans laquelle je suis plus à l’écoute des sons, plus alerte que jamais pour protéger et comprendre nos enfants. On se drogue de leurs odeurs et de leur peau quand ils viennent se blottir contre nous. Ils pensent chercher dans nos bras le réconfort, s’ils savaient qu’en fait, c’est eux qui nous en procurent. Et tout cela, tu le savais!

Je n’imaginais pas non plus qu’être parents c’est aussi revenir à l’essentiel, prendre le temps de s’émerveiller devant des choses qu’on ne regardait plus, s’extasier de toutes ses premières fois qui sont aussi pour nous une grande première et se recentrer sur l’Amour et le bonheur, juste ça, parce que c’est tout ce dont nous avons réellement besoin. Que c’est réapprendre à rêver, à jouer et à rire sans retenue. Avec tes arrières-petits-fils j’oublie le regard des autres, la peur du ridicule et je retrouve un peu mon âme d’enfant. On marche à quatre pattes pour faire le cheval, on mime la vache, le cochon et tous les animaux imaginables, et je fais le clown pour les faire rire et me remplir de leur gaieté. Tout cela, si tu me l’avais dit, je me serais lancé dans l’aventure depuis des lustres.

être parent c’est parfois trouver les journées très longues mais aussi les années trop courtes

J’aurais aimé savoir à l’avance que je n’ai pas le pouvoir de contrôler le temps. En effet, être parent c’est parfois trouver les journées très longues mais aussi les années trop courtes. On a l’habitude de dire maintenant ici au pays que « L’enfant dure seulement dans le ventre ». Je ne sais pas si on le disait déjà à ton époque. Cette phrase qu’on m’a beaucoup répétée alors que j’attendais mon premier fils avait tendance à m’agacer… et puis j’ai compris… que le temps court et que les années filent plus vite quand on a des enfants. C’est assez étrange… Dieu que j’aimerais le retenir.

Il y’a tellement de choses que j’aurais aimé que tu me dises, ça aurait probablement fait de moi un adulte mieux préparé à faire face à certaines situations. Mais au fond, que je suis content que tu ne me les aies pas dites. Le découvrir et y faire face tout seul, est très souvent douloureux, quelques rares fois, ça me remplit de joie, mais ça a au moins le mérite de m’enseigner chaque jour comment être un meilleur Père, comment devenir meilleur. Certes, comme toi, je ne dirai pas toutes ces choses à ma progéniture, mais l’avoir appris à la dure, fera à coup sûr que je sois un peu plus apte pour paver leur chemin vers la vie et les choses qu’ils apprendront tous seuls. Comme tu l’avais fait pour tes enfants avant, comme Papa l’a fait pour moi aussi, et comme d’innombrables personnes le font chaque jour.

Bonne fête des Pères.

 

Pour lire les contributions des autres blogueurs du #TBCS5E2 sur le même thème, je vous prie de cliquer sur les liens ci-dessous:

Elijah d’Arcy
Fafa Ianjatiana
Fedna Perla David
Laetitia Tonye Loe
Jay Dee Ibock

6 réflexions au sujet de « Tu aurais dû me le dire »

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